Techonologie

Sous pression après l’affaire ICE, Capgemini met en vente une filiale symbolique mais marginale dans ses comptes

Sous le feu des critiques après la révélation d’un contrat avec l’agence américaine de l’immigration, Capgemini se déleste de sa filiale Government Solutions. En cause : des activités classifiées soumises à des restrictions juridiques jugées incompatibles avec la gouvernance du groupe.

Si l’activité ne pesait presque rien dans les comptes de Capgemini, son impact sur l’image du groupe s’est révélé, lui, considérable. L’ESN a annoncé le 1er février 2026 le lancement immédiat du processus de cession de Capgemini Government Solutions, sa filiale américaine spécialisée dans les contrats fédéraux sensibles.

Capgemini n’a pas précisé le calendrier ni les modalités de la cession.

0,4% de son CA mondial

Sur le plan financier, l’enjeu est limité. En effet, selon la société, Capgemini Government Solutions représente environ 0,4% du chiffre d’affaires mondial estimé du groupe pour 2025, et moins de 2% de ses revenus aux États-Unis.

Cette annonce s’inscrit dans un contexte explosif pour le groupe français. Une enquête de l’Observatoire des multinationales, révélée par Franceinfo, a mis au jour l’existence d’un contrat liant l’une de ses filiales à l’ICE, l’agence américaine de l’immigration, portant sur des services de localisation de personnes dans le cadre de procédures d’expulsion.

L’ICE est au centre de vives controverses. Dans la ville de Minneapolis, des opérations menées par des agents fédéraux d’immigration ont donné lieu à plusieurs fusillades mortelles ces dernières semaines dans le cadre d’une opération de grande envergure, appelée “Operation Metro Surge”.

Un contrat de 4,8 millions de dollars

C’est dans ce cadre qu’un contrat de 4,8 millions de dollars (4,4 millions d’euros environ) liant Capgemini à l’ICE a déclenché la polémique. La filiale américaine du groupe avait été retenue pour fournir des services de “skip tracing”, des outils technologiques permettant de rechercher et de localiser des personnes à partir de multiples sources de données, notamment dans le cadre de procédures d’expulsion.

Dans son communiqué, Capgemini justifie son choix par le fait que les restrictions légales applicables aux contrats avec des entités fédérales américaines exerçant des activités classifiées ne permettaient pas au groupe d’exercer un contrôle approprié sur certaines dimensions des opérations de sa filiale.

Le contrat avec l’ICE, bien que juridiquement public car issu de marchés fédéraux américains, est resté largement invisible jusqu’à sa révélation médiatique. Capgemini a expliqué avoir pris connaissance de la nature précise de cette mission par des sources publiques, une déclaration qui a accentué les critiques sur la capacité réelle du groupe à superviser des activités pourtant menées en son nom.

Un coût réputationnel énorme

Avec 0,4% du chiffre d’affaires mondial et moins de 2% des revenus américains, l’équation économique était simple. Mais le coût symbolique et réputationnel, lui, est énorme.

En se séparant de Capgemini Government Solutions, le groupe envoie un message clair : l’accès à certains marchés ne justifie plus une exposition incontrôlée à des risques politiques et réputationnels. Une décision qui dépasse le seul cas de l’ICE et pose, plus largement, la question de la gouvernance des activités sensibles pour les entreprises technologiques.

Source : usine-digitale.fr