Techonologie

Résultats de Microsoft : Des revenus records portés par Azure et OpenAI, mais une course à l’IA toujours plus coûteuse

Le géant américain a enregistré 92,3 milliards de dollars de chiffre d’affaires au premier trimestre de son exercice 2027, porté par la croissance d’Azure et ses relations commerciales avec OpenAI. Mais derrière cette performance, les investissements dans les infrastructures atteignent un nouveau sommet. En parallèle, Microsoft propose des départs volontaires à une partie de ses effectifs. Une double dynamique qui illustre la réallocation des ressources à l’œuvre dans la course à l’intelligence artificielle.

Microsoft enchaîne les records, mais ne compte pas pour autant relâcher ses efforts de rationalisation. Le 28 octobre 2026, le géant a annoncé 92,3 milliards de dollars de chiffre d’affaires pour le premier trimestre de son année fiscale 2027 clos le 30 septembre, en hausse de 19% sur un an. Son résultat opérationnel a progressé de 21%, à 45,9 milliards de dollars, tandis que son bénéfice net a atteint 36,6 milliards de dollars, en hausse de 32%.

Plus de 45 milliards de dollars investis sur le trimestre

Il s’agit du dixième trimestre consécutif de revenus records pour la firme américaine. Une série qui témoigne de la solidité de son modèle, mais aussi de la place grandissante des infrastructures et des services d’intelligence artificielle dans ses perspectives de croissance. Car cette expansion a un prix. Microsoft a consacré 45,2 milliards de dollars à ses investissements en capital sur le trimestre, un montant en hausse de 30% sur un an.

La firme précise qu’environ les trois quarts de ces investissements concernent des actifs à durée de vie relativement courte, principalement des processeurs et des accélérateurs graphiques, qui servent notamment à répondre à la demande sur Azure et Microsoft 365. Le reste finance des actifs à plus longue durée de vie, nécessaires à la monétisation future des services. Une répartition révélatrice du rythme de la course à l’IA.

Les flux de trésorerie opérationnels ont pour leur part progressé de 29%, à 58 milliards de dollars, portés par la facturation et les encaissements dans le cloud. Mais, après prise en compte des investissements, le flux de trésorerie disponible est retombé à 18,6 milliards de dollars. Microsoft conserve donc une capacité importante à générer des liquidités.

Azure, nouvelle pièce maîtresse du modèle Microsoft

C’est d’abord dans le cloud que se concentre la croissance. Microsoft Cloud a généré 63,9 milliards de dollars de revenus au premier trimestre fiscal, en progression de 30% sur un an. Pour la première fois, Microsoft a également détaillé le chiffre d’affaires trimestriel d’Azure en dollars : 33,2 milliards, soit une hausse de 48%.

Cette publication change la lecture de l’activité. Jusqu’ici, Microsoft communiquait principalement sur la croissance d’Azure, sans en détailler systématiquement les revenus trimestriels. Les investisseurs peuvent désormais comparer plus directement ses performances à celles de ses concurrents.

Azure représente environ 36% du chiffre d’affaires total de Microsoft. Ses revenus dépassent légèrement ceux de Google Cloud, qui a déclaré 30,7 milliards de dollars sur la même période (+103%) et dont le carnet de commandes du cloud atteint 561 milliards de dollars, selon sa directrice financière, Anat Ashkenazi. La comparaison doit néanmoins tenir compte des différences de périmètre comptable entre les deux activités. Amazon Web Services reste, de son côté, le premier acteur du cloud à l’échelle mondiale.

Une nouvelle orientation grâce à l’IA

La performance d’Azure ne repose pas exclusivement sur l’IA : la plateforme héberge aussi les applications et les systèmes informatiques traditionnels des entreprises. Mais l’essor des modèles d’IA générative renforce son rôle stratégique. Microsoft peut vendre la puissance de calcul nécessaire à leur entraînement et à leur exécution, tout en commercialisant ses propres outils d’IA et ses logiciels professionnels.

La nouvelle présentation financière du groupe rend cette orientation plus visible. Son segment « Agents and Infra », qui regroupe notamment Azure et les activités cloud de Microsoft 365, a réalisé 76,8 milliards de dollars de revenus, en hausse de 25% sur un an.

À l’inverse, les activités « Devices and Consumer » ont reculé de 3%, à 15,5 milliards de dollars. Les revenus issus des licences Windows OEM et des appareils ont notamment chuté de 22%, à 3,6 milliards de dollars. Le contraste souligne le déplacement du centre de gravité de Microsoft vers les services cloud et les infrastructures, même si ses activités historiques continuent de contribuer à ses résultats.

OpenAI, un partenaire commercial à 10 milliards de dollars par trimestre

Autre chiffre marquant des résultats : les arrangements commerciaux entre Microsoft et OpenAI ont généré 10 milliards de dollars de revenus au cours du trimestre, selon les informations communiquées par Microsoft dans un document réglementaire. Cela représente près de 11% du chiffre d’affaires total du géant sur la période. Sur l’ensemble de l’exercice fiscal 2026, les revenus liés à OpenAI ont atteint 24,1 milliards de dollars. Si le rythme du dernier trimestre se maintenait, ils représenteraient environ 40 milliards de dollars sur une année.

Ces montants éclairent l’importance économique du partenariat, mais aussi son ambiguïté. Microsoft fournit à OpenAI une partie des infrastructures nécessaires à ses modèles et bénéficie d’accords commerciaux comprenant notamment des paiements liés au partage de revenus. Les deux entreprises ont donc des intérêts financiers communs, alors qu’elles se retrouvent aussi en concurrence sur certains marchés de l’IA.

Un contrat révisé régulièrement

En octobre 2025, OpenAI s’est engagé à acheter 250 milliards de dollars supplémentaires de services Azure dans le cadre de l’évolution de leur partenariat. L’entreprise a depuis obtenu davantage de liberté pour travailler avec d’autres fournisseurs de cloud. Leurs relations restent néanmoins étroites : en avril 2026, un nouvel accord a notamment maintenu le partage de revenus avec Microsoft jusqu’en 2030, sous réserve d’un plafond.

Microsoft a également déclaré disposer de 7,2 milliards de dollars de créances en cours sur OpenAI à la fin du mois de septembre, contre 6 milliards à la fin juin. Ces sommes correspondent à des montants dus pour des transactions antérieures : elles ne constituent pas des revenus supplémentaires à additionner aux 10 milliards annoncés.

Le partenariat est donc devenu une source majeure de revenus pour Microsoft, tout en créant une exposition financière importante à un acteur qui développe ses propres infrastructures commerciales et cherche à diversifier ses fournisseurs. La question n’est pas seulement de savoir combien Microsoft gagne grâce à OpenAI, mais aussi quelle part de cette croissance pourra être maintenue à mesure que le marché de l’IA évolue.

677 milliards de dollars de revenus futurs à concrétiser

Les perspectives donnent néanmoins au géant des raisons de poursuivre cette stratégie. Ses obligations de performance commerciales restantes ont augmenté de 73% sur un an, à 677 milliards de dollars. Précisons qu’il s’agit de revenus contractuels restant à comptabiliser, et non de chiffre d’affaires déjà réalisé ou immédiatement encaissable.

Reste à transformer cette demande en rentabilité durable. Le chiffre d’affaires et le résultat opérationnel progressent fortement, mais le bénéfice net mérite une lecture plus nuancée. Il a augmenté de 32% sur un an en données comptables, contre 18% hors effet des investissements dans OpenAI. L’écart s’explique par un effet de comparaison : les investissements dans le laboratoire avaient pesé sur les résultats de l’année précédente, alors que leur incidence est désormais beaucoup plus faible.

Un plan de départs volontaires malgré les records

Dans le même temps, l’entreprise a lancé un plan de départs volontaires susceptible de concerner jusqu’à 60 000 salariés éligibles. L’enjeu est désormais de dégager des marges de manœuvre pour financer la transformation de la firme de Redmond, sans pour autant compromettre sa capacité à répondre à une demande toujours plus importante en puissance de calcul.

Il serait toutefois excessif de présenter les départs comme une conséquence directe des investissements dans l’IA. La concomitance des deux mouvements n’en reste pas moins révélatrice d’une réallocation des ressources. L’objectif est clair : le groupe doit répondre à des besoins croissants en ingénieurs, en capacités de calcul et en infrastructures, tout en adaptant ses dépenses dans d’autres domaines.

Le prochain défi de Microsoft ne sera donc pas seulement de « vendre davantage d’IA ». Il sera de démontrer que les dizaines de milliards de dollars consacrés à ses infrastructures peuvent se traduire par une rentabilité durable, sans que l’expansion de la firme ne se fasse au prix d’une pression toujours plus forte sur ses coûts.

Source : usine-digitale.fr