« On pourrait revenir à une guerre totale » entre l’Iran et les États-Unis
Donald Trump, qui a notifié le Congrès d’une reprise du conflit, a annoncé un retour du blocus maritime et une prise de contrôle par les États-Unis du détroit d’Ormuz. Il doit s’adresser aux Américains jeudi soir.
Le cessez-le-feu semble cette fois bien mort et enterré. Pour la troisième nuit consécutive, l’armée américaine a lancé des frappes contre l’Iran, qui a riposté en attaquant deux tankers émiratis dans le détroit d’Ormuz, tuant un membre d’équipage.
Le président américain, qui a notifié le Congrès le 10 juillet que le conflit avait repris, s’adressera « à la Nation » jeudi soir à 21 heures (vendredi à 3 heures à Paris). « On pourrait revenir à une guerre totale » entre l’Iran et les États-Unis, estime pour Le Point Alex Vatanka, analyste au Middle East Institute de Washington.
Comme à son habitude, c’est sur son réseau Truth Social que Donald Trump a annoncé les nouvelles règles : « Le détroit d’Ormuz est ouvert, et le restera, avec ou sans l’Iran. Nous rétablissons le blocus iranien, ainsi nommé parce qu’il ne vise qu’à empêcher les navires iraniens, ainsi que les clients de l’Iran, d’entrer ou de sortir. Tous les autres pays pourront utiliser le détroit de manière libre et équitable ».
Le président américain ne s’arrête pas là. « À compter d’aujourd’hui, les États-Unis seront connus sous le nom de “gardien du détroit d’Ormuz”. À ce titre, et par souci d’équité, ils seront remboursés, à hauteur de 20 % de la valeur de toutes les cargaisons transportées, pour couvrir l’ensemble des coûts nécessaires à la sécurisation de cette zone du monde particulièrement instable ».
Donald Trump vient ici directement contredire son administration. « Aucun pays n’est autorisé à imposer des droits de péage ou des frais sur une voie navigable internationale », avait martelé Marco Rubio le 23 juin dernier devant les caméras. Après l’annonce de Donald Trump, le Conseil de l’Organisation maritime internationale (OMI), une agence spécialisée de l’ONU, a réaffirmé que le passage par le détroit « devait rester exempt de tout péage ou de toute redevance, conformément au droit international ».
L’ironie n’a pas échappé à Téhéran, qui réclame depuis le début de pouvoir instaurer des frais de service. « Le président américain a tout à fait raison. Quiconque assure un passage sûr et sécurisé des navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz devrait être rémunéré pour ce service. L’Iran a toujours été le gardien du détroit et le restera à jamais. En revanche, 20 % est évidemment un taux beaucoup trop élevé. Nous serons équitables », a répondu sur X le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi.
Le Congrès prévenu que le conflit a repris
La Maison-Blanche a confirmé, lundi, que Donald Trump a prévenu le Congrès américain, le 10 juillet, que le conflit avec l’Iran avait repris trois jours plus tôt – conformément aux exigences de loi sur les pouvoirs de guerre (War Powers Resolution) de 1973.
Selon ce texte, un président doit obtenir une autorisation du Congrès pour engager des troupes à l’étranger pendant plus de soixante jours. Les juristes de la Maison-Blanche assurent qu’il s’agit d’un nouveau cycle d’hostilités, après le cessez-le-feu, ce qui fait selon eux repartir à zéro le délai de 60 jours. Une lecture contestée par des élus démocrates, qui estiment qu’il s’agit en réalité du même conflit commencé fin février. Un double bras de fer pourrait donc se jouer au Congrès et devant les tribunaux.
Pourquoi l’Iran a-t-il choisi de torpiller un protocole d’accord – vu par de nombreux experts comme largement favorable à Téhéran – en attaquant des navires dans le détroit d’Ormuz ces dernières semaines ?
« L’Iran considère que le MOU [Memorandum of understanding, NDLR] n’a jamais été véritablement appliqué par les États-Unis », explique Alex Vatanka. « Téhéran estimait que cet accord prévoyait le retour du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz sous supervision iranienne, mais Washington a finalement mis en place le corridor d’Oman. Les Iraniens dénoncent également le fait qu’Israël ne se soit pas retiré du Liban et que les fonds dont le dégel était attendu n’ont jamais été débloqués ».
Pour l’expert, « on risque ainsi de voir les deux adversaires piégés dans leur posture retomber dans un conflit à grande échelle qui pourrait s’avérer extrêmement coûteux pour les pays du Golfe ». Pourtant, l’équation politique n’a pas changé pour Donald Trump : la guerre n’a jamais bénéficié d’un fort soutien dans l’opinion, les midterms se profilent dans quatre mois et tout retour d’une hausse des prix de l’essence et de l’inflation risque de coûter cher aux républicains.
Le président américain ne ferme pas encore la porte à la diplomatie. Malgré la reprise des hostilités, il l’a assuré dans le Bureau ovale : « Oui, je pense qu’un accord est possible. Bien sûr que je le pense ».
Source : lepoint.fr
