Economie

Transition énergétique : Pékin mise sur le Maroc pour sécuriser ses chaînes d’approvisionnement

À mesure que la Chine accélère son offensive mondiale dans les secteurs des technologies propres, des batteries et des véhicules électriques, le Maroc apparaît comme l’un des principaux points d’ancrage de cette stratégie industrielle. Porté par ses ambitions en matière de transition énergétique, sa position géographique privilégiée et ses ressources naturelles, le Royaume gagne en importance dans les plans de Pékin visant à sécuriser et diversifier les chaînes d’approvisionnement de l’économie verte.

Cette évolution intervient dans un contexte de profonde recomposition de l’industrie mondiale. Les tensions géopolitiques, les perturbations des routes commerciales traditionnelles et les préoccupations croissantes liées à la sécurité énergétique poussent les grandes puissances industrielles à redéfinir leurs réseaux de production et leurs partenariats stratégiques.

C’est dans ce cadre qu’un récent rapport du Stimson Center met en lumière la place croissante occupée par le Maroc dans l’expansion mondiale de l’industrie verte chinoise. Selon ce centre de recherche américain, le Royaume est désormais considéré comme l’un des pôles les plus prometteurs pour accompagner la montée en puissance des investissements chinois dans les filières liées à la transition énergétique.

Le rapport souligne que cette dynamique s’est considérablement accélérée depuis l’adhésion du Maroc à l’Initiative « Belt and Road » – la Nouvelle Route de la Soie – en 2017. Depuis lors, les entreprises chinoises ont renforcé leur présence dans plusieurs secteurs stratégiques, notamment les énergies renouvelables, la fabrication de batteries et les chaînes de valeur associées aux véhicules électriques.

Une convergence d’intérêts entre Rabat et Pékin

Pour les auteurs du rapport, le rapprochement économique entre les deux pays répond à des objectifs convergents. Le Maroc cherche à accélérer sa transition vers les énergies propres tout en consolidant son appareil industriel. La Chine, de son côté, est à la recherche de plateformes extérieures capables de soutenir l’expansion internationale de son industrie verte et de sécuriser ses approvisionnements dans un environnement mondial de plus en plus incertain.

Cette coopération prend une dimension particulière dans le contexte des tensions persistantes au Moyen-Orient. Selon le Stimson Center, les conflits et les instabilités régionales ont conduit de nombreux gouvernements et groupes industriels à réexaminer leurs stratégies commerciales, leurs réseaux de fabrication et leurs approvisionnements énergétiques.

Face à ces incertitudes, la diversification des chaînes d’approvisionnement est devenue une priorité. Dans cette optique, le Maroc apparaît comme une alternative stable susceptible de réduire l’exposition aux risques géopolitiques qui pèsent sur certaines régions du monde.

Les investissements chinois se traduisent déjà par une présence accrue dans plusieurs projets structurants. Le rapport rappelle ainsi que des entreprises chinoises ont acquis des participations dans de grands projets liés aux énergies renouvelables, notamment au sein du complexe solaire Noor de Ouarzazate. D’autres groupes ont engagé la création d’unités industrielles spécialisées dans la production de batteries ainsi que dans la fabrication de composants destinés aux véhicules électriques.

Le phosphate, l’automobile et Tanger Med comme atouts majeurs

L’attractivité du Maroc ne repose pas uniquement sur son potentiel dans les énergies renouvelables. Le rapport met également en avant plusieurs avantages comparatifs qui renforcent sa position dans la compétition internationale pour les investissements industriels.

Le Royaume dispose de l’une des plus importantes réserves mondiales de phosphate, une ressource stratégique dans plusieurs chaînes industrielles. Il bénéficie également d’une industrie automobile déjà bien implantée et d’une proximité géographique avec l’Europe qui facilite l’accès aux marchés du continent.

Ces facteurs ont contribué à attirer un nombre croissant d’entreprises chinoises désireuses de rapprocher leurs capacités de production des consommateurs européens tout en limitant les risques associés à des chaînes logistiques plus longues et plus vulnérables.

Le rapport cite notamment la zone industrielle de Tanger Tech, devenue l’un des principaux pôles d’accueil des investissements chinois. Sa proximité avec le port Tanger Med constitue un avantage déterminant. Grâce à ses infrastructures logistiques modernes et à ses connexions directes avec les marchés internationaux, cette plateforme répond aux besoins d’une industrie mondiale confrontée à des transformations rapides de ses chaînes d’approvisionnement.

Des défis persistants malgré une trajectoire favorable

Si les perspectives apparaissent prometteuses, le Stimson Center souligne néanmoins plusieurs fragilités susceptibles de freiner cette dynamique.

Le premier défi concerne la dépendance énergétique du Maroc. Malgré les progrès réalisés dans le développement des énergies renouvelables, le Royaume reste fortement tributaire des importations d’énergie. Cette situation l’expose aux fluctuations des prix internationaux des combustibles ainsi qu’aux éventuelles perturbations des routes d’approvisionnement régionales.

Le rapport attire également l’attention sur les limites des infrastructures de transport de l’électricité. Le développement des réseaux électriques demeure, selon les auteurs, l’un des principaux enjeux pour accompagner l’expansion des capacités de production d’énergie renouvelable et répondre aux ambitions industrielles du pays.

Malgré ces contraintes, le Stimson Center estime que le Maroc est en train de consolider son statut de plateforme stratégique pour l’industrie verte mondiale. Pour Pékin, le Royaume ne constitue pas seulement un partenaire énergétique. Il représente aussi une base industrielle et commerciale stable, capable d’accompagner la diversification des chaînes d’approvisionnement chinoises à un moment où les équilibres géopolitiques redessinent les contours de l’économie mondiale.

À mesure que les entreprises internationales recherchent des centres de production plus sûrs et plus résilients, le Maroc semble ainsi renforcer sa position comme l’un des carrefours émergents de la transition industrielle verte à l’échelle mondiale.

Source : fr.hespress.com