Economie

Tourisme : le Maroc face au défi de l’après-record

Après avoir dépassé avec un an d’avance les objectifs fixés en matière d’arrivées touristiques, le Maroc entre dans une phase plus exigeante de son développement. L’enjeu n’est plus seulement d’attirer davantage de visiteurs, mais de transformer cette dynamique en une croissance mieux répartie, plus rentable et plus durable.

Le tourisme marocain a changé de dimension. En 2025, le Royaume a accueilli 19,8 millions de touristes internationaux, soit une hausse de 14% par rapport à 2024. Ce niveau dépasse déjà l’objectif initial de 17,5 millions de visiteurs fixé pour 2026 dans le cadre de la feuille de route touristique 2023-2026. Les recettes de voyage ont, elles aussi, fortement progressé, atteignant 138,1 milliards de dirhams à fin 2025, contre 114,5 milliards un an auparavant.

Cette performance confirme le poids stratégique du secteur dans l’économie nationale. En 2024, le tourisme a directement contribué à hauteur de 116,2 milliards de dirhams au PIB, soit 7,3% de la richesse nationale. Il représentait également 894.000 emplois directs en 2025, soit 92.000 de plus qu’en 2022, et 40,7% des exportations de services.

Mais ces records ouvrent une nouvelle étape. Le défi n’est plus uniquement quantitatif. Il consiste désormais à consolider la croissance, améliorer la qualité de l’offre, mieux répartir les retombées entre les territoires et éviter que la dynamique ne reste concentrée autour des destinations les plus matures.

L’enjeu n’est plus d’attirer, mais de mieux répartir

Dans son édition 2026 de Tourism Trends and Policies, l’OCDE relève que la feuille de route marocaine repose sur une nouvelle approche de l’offre, davantage centrée sur l’expérience client, structurée autour de neuf filières thématiques et de cinq filières transversales liées notamment au patrimoine immatériel. L’organisation souligne également le rôle des contrats régionaux d’application, conçus comme une adaptation territoriale de la stratégie nationale.

C’est là que se joue une partie décisive de l’après-record. Les arrivées touristiques ne peuvent produire leur plein effet que si les flux irriguent davantage de régions, au-delà des pôles déjà installés. Les contrats régionaux doivent permettre de mobiliser les wilayas, les conseils régionaux, l’ONMT, la SMIT et les acteurs locaux autour de projets adaptés au positionnement de chaque territoire.

Cette territorialisation devient d’autant plus importante que la concurrence ne se limite plus au nombre de visiteurs accueillis. Elle porte aussi sur la capacité à proposer des expériences diversifiées, à prolonger les séjours, à stimuler la dépense locale et à faire émerger de nouveaux bassins touristiques.

Créer davantage de valeur

La deuxième bataille porte sur la montée en valeur. L’OCDE rappelle que le Maroc a lancé plusieurs dispositifs destinés à stimuler l’investissement dans l’animation touristique et la modernisation de l’hébergement, notamment Go Siyaha, Moukawala Siyahia et CapHospitality. L’objectif est de renforcer l’attractivité, diversifier l’expérience offerte aux visiteurs et améliorer la compétitivité du secteur.

Cette orientation marque une évolution importante. Le tourisme marocain ne peut plus se contenter d’une logique d’afflux. Il doit accroître la dépense moyenne, améliorer la qualité des services, développer l’animation, moderniser l’hébergement et accompagner les entreprises dans la digitalisation, l’accès au marché et le yield management.

Le chantier des compétences est tout aussi central. Les programmes Kafaa et CAP Excellence Tourisme visent à professionnaliser la main-d’œuvre, reconnaître les acquis de l’expérience, améliorer la formation et créer un réseau de 12 centres d’excellence dédiés à l’hôtellerie et au tourisme d’ici 2026.

Le Maroc a donc réussi la bataille des volumes. La prochaine sera plus complexe : faire de cette réussite un modèle plus équilibré, plus qualitatif et plus résilient. Dans l’après-record, le véritable indicateur ne sera plus seulement le nombre de touristes, mais la valeur créée pour les territoires, les entreprises et les populations locales.

Source :  fr.hespress.com