Robotique : L’Allemagne en déclin face aux nouveaux acteurs chinois et américains
La croissance mondiale de la robotique se déplace vers l’Asie et l’Amérique du Nord, portée par des politiques industrielles plus agressives et une adoption accélérée de l’IA.
L’industrie allemande de la robotique et de l’automatisation aborde 2026 avec prudence. La VDMA, l’association professionnelle allemande de la construction de machines et d’installations industrielles, prévoit une baisse de 5% du chiffre d’affaires du secteur, à environ 14,1 milliards d’euros, après un recul déjà marqué de 7% en 2025. Deux années consécutives de contraction pour un pays longtemps considéré comme le moteur européen de la robotique industrielle.
« La situation demeure complexe. Notre industrie est confrontée simultanément à une faible demande, à une incertitude géopolitique et à des conditions d’implantation difficiles », a déclaré à cette occasion Olaf Munkelt, président de l’association.
Une demande intérieure en berne
L’essoufflement a été progressif. En 2024, le chiffre d’affaires du secteur a reculé, tandis que les prises de commandes, notamment en provenance d’Allemagne, ont fortement diminué. Les industriels nationaux, confrontés à la hausse des coûts énergétiques, aux tensions commerciales et à une visibilité réduite sur leurs carnets de commande, ont ralenti leurs investissements en équipements d’automatisation.
Les marchés à l’export n’ont pas compensé cette contraction, alors que la robotique allemande dépend largement des ventes à l’international, notamment dans l’automobile et la mécanique de précision. Selon l’International Federation of Robotics (IFR), l’Allemagne demeure le premier marché européen et le cinquième mondial. Une position dominante sur le continent, mais insuffisante face à la montée en puissance des acteurs chinois.
La VDMA met en garde contre une perte de compétitivité structurelle. Les industriels dénoncent une accumulation de normes et de délais administratifs qui pénalisent les investissements, notamment face à des concurrents asiatiques soutenus par des politiques industrielles offensives. « Cela rend d’autant plus crucial le renforcement décisif de notre compétitivité. Nos leviers pour y parvenir sont l’orientation client, l’innovation et l’audace », affirme Olaf Munkelt.
Pendant ce temps, l’Amérique du Nord redémarre
À l’inverse, le marché nord-américain montre des signes de reprise. Selon l’Association for Advancing Automation (A3), 36 766 robots ont été commandés en 2025 pour un montant de 2,25 milliards de dollars, soit une hausse de 6,6% en volume et de 10,1% en valeur par rapport à 2024. « Nous constatons une adoption croissante dans tous les secteurs, notamment dans l’industrie générale et chez les constructeurs automobiles », souligne d’ailleurs Alex Shikany, vice-président exécutif d’A3.
Agroalimentaire, électronique, semi-conducteurs, biens de consommation et sciences de la vie contribuent aussi à élargir la base industrielle. Il s’agit du sixième trimestre consécutif de croissance annuelle en Amérique du Nord, avec des volumes qui retrouvent leur plus haut niveau depuis 2022. A3 anticipe une poursuite de cette tendance en 2026.
De la robotique à “l’IA physique”
La transformation technologique du secteur joue également un rôle clé. Selon l’analyse d’AllAboutAI, les robots intégrant de l’intelligence artificielle offriraient jusqu’à 40% d’efficacité opérationnelle supplémentaire par rapport aux systèmes traditionnels. Les déploiements de cobots ont aussi progressé de 31% en 2025, signalant une évolution vers des environnements hybrides homme–machine.
D’après The Business Research Company, le marché mondial de la robotique IA est passé de 17,89 milliards de dollars en 2024 à 23,01 milliards en 2025, soit une croissance annuelle de 28,6%, près de trois fois supérieure à celle de l’automatisation classique. Les données de MarketsandMarkets indiquent que 37% des robots déployés dans le monde utilisent désormais des technologies d’apprentissage automatique, de vision par ordinateur ou de traitement du langage naturel, contre 25% en 2020. Autrement dit, près de deux robots sur cinq intègrent aujourd’hui des capacités d’IA avancées.
Un leadership fragilisé mais pas abandonné
Mais cette transition a un coût. L’intégration reste l’un des principaux freins, avec des retours sur investissement parfois difficiles à évaluer, notamment pour les PME industrielles qui constituent le cœur du tissu industriel allemand. Ainsi, malgré les signaux négatifs à court terme, la VDMA maintient une vision stratégique de long terme.
« Nous devons désormais créer les conditions permettant à la robotique et à l’automatisation allemandes et européennes de reprendre une position de leader. Une déréglementation rapide et des structures de coûts compétitives sont indispensables pour renouer avec la croissance », affirme Olaf Munkelt. La France, de son côté, a lancé un programme qui vise à identifier des solutions robotiques matérielles et logicielles qui pourront faire l’objet d’applications concrètes dans l’industrie et les services.
Source : usine-digitale.fr
