Pouvoir d’achat, investissement, marchés : le pari chiffré d’El Mansouri
Devant le Parlement, la Cheffe du gouvernement a détaillé ses réponses à la cherté de la vie, ses leviers pour l’investissement et sa réforme de l’organisation des marchés, avec une croissance moyenne de 5 % par an en ligne de mire.
Réunis en séance plénière commune ce lundi 19 octobre, les membres de la Chambre des Représentants et la Chambre des Conseillers ont entendu la Cheffe du gouvernement, Fatima-Zahra El Mansouri, exposer, en application de l’article 88 de la Constitution, le programme de l’Exécutif pour la période 2026-2031. Son volet économique associe le pouvoir d’achat, l’investissement et l’organisation des marchés dans une trajectoire visant une croissance moyenne de 5 % par an sur 2027-2031.
Pouvoir d’achat : revenus renforcés, prix encadrés
Pour faire face à la hausse du coût de la vie, le gouvernement entend renforcer le revenu des ménages, maîtriser les causes de la cherté, élargir la protection sociale et garantir des services publics de qualité. Sur les prix alimentaires, il prévoit des plans d’approvisionnement en produits stratégiques et un rapprochement entre producteur et consommateur, via des sociétés régionales et des plateformes professionnelles de regroupement et de commercialisation, soumises à un cahier des charges unifié. Les circuits de commercialisation des viandes et des poissons seront réformés, et la relation entre exportation et approvisionnement du marché national sera encadrée par des règles annoncées et stables.
Côté revenus, une compensation sociale automatique, équivalente à la facture mensuelle d’électricité, bénéficiera aux ménages éligibles dont la facture de la résidence principale ne dépasse pas 100 dirhams, sans demande papier ni déplacement administratif. L’impôt sur le revenu sera réformé progressivement pour relever le revenu net des salariés et encourager l’emploi déclaré. L’aide sociale directe, ciblée selon le revenu effectif, passera de 500 à 1 000 dirhams d’ici la fin du mandat, avec une extension de l’indemnité pour perte d’emploi. Pour préserver ces gains, le gouvernement fixe un objectif d’inflation autour de 2 % par an.
Investissement : le privé aux deux tiers
Cette stabilité des prix s’accompagne d’une discipline budgétaire : le déficit sera maintenu à 3 % du PIB sur 2026-2031, grâce à l’élargissement de l’assiette fiscale, à une dépense plus efficace dans le cadre de la réforme de la loi organique des finances, à l’effet de la croissance et à une contribution accrue des établissements et entreprises publics. La dette publique redescendrait vers 62 % du PIB à l’horizon 2031.
Dans ce cadre, El Mansouri vise une part du secteur privé équivalente aux deux tiers de l’investissement national. Le gouvernement consolidera la Charte de l’investissement, accélérera les projets conventionnés et poursuivra la réforme des Centres régionaux d’investissement. Les très petites, petites et moyennes entreprises bénéficieront d’un accompagnement, de facilités de financement et de garantie, et d’un meilleur accès à la commande publique, les donneurs d’ordre publics devant réserver légalement 30 % de la valeur de leurs marchés aux petites et moyennes entreprises marocaines. L’Exécutif veut aussi renforcer l’industrie et le produit national pour substituer des produits locaux aux importations, notamment de produits finis, lancer une feuille de route touristique 2027-2030 visant 26 millions de touristes en 2030 et accélérer la restructuration du portefeuille public.
Marchés : réguler, sécuriser, relancer
Le financement de ces ambitions passera aussi par les marchés. Avec le secteur financier, le gouvernement compte élargir les financements bancaires et non bancaires de l’investissement productif, des grands projets, de l’innovation, de l’industrialisation et de l’export, mobiliser l’épargne nationale, notamment institutionnelle, et relancer les marchés financiers, conformément aux Directives royales.
Sur le terrain de la concurrence, l’Exécutif lancera une réforme structurelle de l’organisation des marchés pour combattre les monopoles et l’intermédiation opportuniste, au moyen d’un mécanisme dédié et en coordination avec le Conseil de la concurrence. Il entend également passer du soutien conjoncturel à la maîtrise des facteurs de production, avec un programme de souveraineté semencière portant la part des semences nationales de 20 % à 50 %, la sécurisation des stocks et de l’approvisionnement du marché, le réexamen du stock de céréales et le contrôle des exportations des filières sensibles.
Source : fr.hespress.com
