Maroc

Maroc-Israël : Rabat et Tel-Aviv s’entendent enfin pour échanger des ambassadeurs

Le Maroc et Israël franchissent un nouveau palier dans leurs relations. Ce mercredi 16 septembre 2026, à New York, le chef de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita, et son homologue israélien, Gideon Saar, se sont retrouvés en présence de Mike Waltz, ambassadeur des États-Unis auprès des Nations unies, pour adopter un ensemble de mesures visant à consolider les relations bilatérales. Principale décision : les deux pays ont pris l’engagement de faire de leurs bureaux de liaison des ambassades et de nommer des ambassadeurs. L’annonce a d’abord été rendue publique par le ministère israélien des Affaires étrangères, sans calendrier précis pour l’ouverture effective des ambassades.

Un rendez-vous chargé de symboles

Le choix du moment n’est pas anodin. La réunion tripartite s’est déroulée le lendemain d’une réception donnée par Mike Waltz pour les six ans des accords d’Abraham, à laquelle ont assisté des représentants des Émirats arabes unis, de Bahreïn, du Maroc, d’Israël et du Kazakhstan, ce dernier ayant adhéré aux accords en novembre 2025. Washington, architecte du rapprochement de 2020, entend ainsi montrer que la dynamique engagée il y a six ans reste vivante. Côté israélien, Gideon Saar a mis en avant la profondeur historique des liens entre Marocains et Juifs, et a présenté la déclaration de New York comme une feuille de route concrète pour approfondir la relation.

Six ans d’attente

Cette élévation vient clore un long chapitre d’annonces restées sans suite. Rabat avait officialisé la reprise de ses relations avec Israël le 10 décembre 2020, dans la foulée de la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara, avant la signature à Rabat, le 22 décembre, d’une déclaration tripartite avec Washington. Les deux capitales avaient alors opté pour des bureaux de liaison plutôt que des ambassades.

Dès l’été 2021, Tel-Aviv avait pourtant pris les devants. Lors de sa visite au Maroc, le ministre israélien des Affaires étrangères de l’époque, Yaïr Lapid, avait annoncé l’ouverture d’ambassades dans un délai de quelques mois, une déclaration demeurée unilatérale et restée sans réponse officielle de la diplomatie marocaine.

Pour Rabat, la question était étroitement liée au dossier du Sahara. En juillet 2023, Benjamin Netanyahu a reconnu, dans une lettre adressée au Roi Mohammed VI, la souveraineté marocaine sur le Sahara, sans que cette reconnaissance n’entraîne pour autant une montée en grade des représentations diplomatiques. À l’époque, une source gouvernementale marocaine citée par l’agence EFE avait qualifié la position israélienne de pas décisif, tout en insistant sur le fait que le rapprochement n’altérerait en rien le soutien du Royaume à la cause palestinienne.

Le choc de Gaza

La guerre à Gaza a ensuite figé le processus. Après une période d’essor des échanges, la relation a nettement ralenti à partir d’octobre 2023 : Israël a rappelé son personnel diplomatique en poste à Rabat, et plusieurs chantiers de coopération ont été gelés ou freinés. Le Royaume a connu de grandes manifestations de solidarité avec les Palestiniens, où des voix ont aussi réclamé la fin de la normalisation ; Rabat a officiellement appelé à la cessation des hostilités sans pour autant revenir sur le rapprochement.

Pour autant, les canaux n’ont jamais été totalement coupés. Comme Maroc Hebdo l’avait révélé, une réunion s’était tenue dès le 28 janvier 2025 au siège du ministère des Affaires étrangères à Rabat entre des responsables marocains et des diplomates israéliens, dont le chargé d’affaires Yossi Ben David. Israël avait par ailleurs relancé, début 2025, les travaux du bâtiment appelé à abriter sa future ambassade dans la capitale.

Investissements, fiscalité et ciel ouvert

Au-delà du volet diplomatique, la déclaration de New York comporte un important chapitre économique. Les deux pays visent la signature, d’ici la fin de l’année 2026, d’un accord de protection réciproque des investissements et d’une convention de non-double imposition, deux outils censés offrir un cadre juridique et fiscal plus lisible aux opérateurs des deux rives.

Le transport aérien constitue l’autre priorité. Selon Israël, des transporteurs marocains devraient relancer des vols directs vers l’État hébreu d’ici quelques semaines, soit près de trois ans après leur suspension consécutive au 7 octobre 2023. Avant l’interruption, quatre compagnies exploitaient cinq lignes, parmi lesquelles le Casablanca–Tel-Aviv de Royal Air Maroc ; en août dernier, Arkia a déjà rouvert une ligne Tel-Aviv–Marrakech à raison de deux fréquences hebdomadaires. Des visites mutuelles de hauts responsables sont également prévues dans les prochains mois.

Reste à connaître le tempo de la mise en œuvre. Aucune date n’a été communiquée pour l’accréditation des futurs ambassadeurs, et la communication est pour l’heure surtout venue de la partie israélienne. La réaction officielle de Rabat, le choix des titulaires des postes et l’évolution de la situation au Proche-Orient diront si la déclaration de New York marque une véritable relance durable ou une nouvelle étape d’un processus qui a déjà connu bien des reports.

Source : maroc-hebdo.com