Marché de l’or au Maroc : Offensive contre les circuits illicites
Le marché de l’or au Maroc est marqué par la persistance de circuits de contrebande aux ramifications internationales. En 2026, la Fédération des bijoutiers annonce de nouvelles initiatives en matière de traçabilité et engage des actions judiciaires, tandis que l’administration des douanes renforce son dispositif de contrôle.
La contrebande d’or représente un phénomène persistant et préoccupant pour l’économie marocaine, alimenté par des réseaux complexes et des sources internationales, notamment les zones de conflit. L’Administration des Douanes et Impôts Indirects (ADII) et les professionnels du secteur de la bijouterie alertent sur l’ampleur de ce trafic, qui fragilise le marché local et soulève des questions de souveraineté économique.
En 2024, l’ADII a enregistré des saisies de marchandises de contrebande d’une valeur de 284 millions de dirhams (MDH), marquant une augmentation de 7,74 % par rapport à l’année précédente. Bien que ces chiffres englobent diverses marchandises, ils témoignent de l’intensité des efforts déployés pour endiguer les flux illicites. Le Plan stratégique 2024-2028 de l’ADII vise à renforcer la lutte contre ces circuits informels, notamment par la refonte du Code des douanes. De plus, la circulaire n° 6702/210, émise en décembre 2025, a étendu l’obligation de marquage fiscal, améliorant ainsi la traçabilité des métaux précieux sur le marché.
Cependant, le système actuel de gestion des saisies est jugé insuffisant par les professionnels. La possibilité pour les contrevenants de conclure une transaction avec l’administration douanière, impliquant le paiement d’une amende et la restitution des marchandises saisies, est perçue comme peu dissuasive. Cette pratique, selon la Fédération Générale des Fabricants de Bijoux et de Joaillerie (FGFBJ), encourage la récidive et la réintégration de l’or de contrebande sur le marché à des prix artificiellement bas.
Le Maroc est une destination finale pour une part significative de l’or issu de la contrebande internationale. Les estimations de SWISSAID révèlent qu’entre 2012 et 2023, environ 200 tonnes d’or ont été illégalement exportées du Soudan. Ce pays, en proie à un conflit armé, voit une grande partie de sa production aurifère, estimée entre 50 % et 70 % annuellement, échapper aux circuits légaux. Les rapports du Groupe d’experts de l’ONU (S/2024/914 et S/2025/385) confirment que cet or sert à financer les groupes armés, notamment les Forces de Soutien Rapide (RSF), qui contrôlent plusieurs mines artisanales. L’acheminement de cet or se fait par des routes complexes, traversant des zones désertiques via la Libye et le Tchad, avant d’atteindre le Maghreb.
Face à cette situation, la FGFBJ, sous la direction de Youssef El Baz, a décidé d’agir. Pour la première fois en 2026, la Fédération s’est constituée partie civile dans des affaires de contrebande, comme celle impliquant la saisie de 40 kilogrammes d’or illicite. Cette démarche vise à « moraliser le secteur » et à rétablir une concurrence équitable, car la prolifération de l’or de contrebande, qui représenterait près de 90 % de l’or brut circulant au Maroc selon les professionnels, entraîne des prix injustifiés et menace la survie de nombreux artisans et entreprises légitime.
Source : maroc-diplomatique.net
