Les start-up européennes investissent dans l’entraînement physique des robots humanoïdes
Neura Robotics vient d’ouvrir un centre d’entraînement pour robots humanoïdes à Munich, où ses partenaires issus de différents secteurs peuvent tester des applications. Parallèlement, l’italien Generative Bionics, soutenu par AMD, va construire plusieurs pôles reproduisant des environnements industriels pour que ses robots humanoïdes exécutent des tâches en continu. Une manière de réduire le fossé “sim-to-real” et ainsi d’accélérer le déploiement des machines.
L’un des principaux goulots d’étranglement dans la robotique “next-gen” réside dans l’impossibilité pour les développeurs de modéliser avec perfection la physique du monde réel, la différence de comportement restant dans la majorité des cas importante. Pour diminuer cet écart, de plus en plus de sociétés de robotique mettent les bouchées doubles sur la construction de sites d’entraînement, qui permettront d’accélérer le déploiement des machines pour des cas d’usages concrets.
Port de cartons, remplissage de bouteilles, chargement…
Ces sites physiques ne sont plus l’apanage des spécialistes chinois et américains : en Europe aussi, les investissements s’enchaînent. À commencer par l’allemand Neura Robotics, qui a inauguré le 22 octobre son centre RoboGym près de l’aéroport de Munich. Construit en partenariat avec l’institut de robotique et d’IA (Mirmi) de l’’Université technique de Munich, ce site de 2300 m² permet aux entreprises partenaires de Neura, universités et start-up de tester leurs applications, identifier leurs besoins en entraînement et étudier la pertinence de tel ou tel système robotisé.
“La demande est forte : les capacités du RoboGym de Munich sont déjà très sollicités, explique la start-up qui a ouvert le site à quelques partenaires en septembre. Les tâches vont de la manutention de cartons et du remplissage de bouteilles au chargement et déchargement de composants en bois.” Elle cite des entreprises de différents secteurs parmi lesquels l’automobile, l’industrie pharmaceutique, la santé, la logistique, l’agriculture et les services à la personne. Elle travaille notamment avec l’équipementier allemand Schaeffler, qui fournira des composants et intègrera ses robots humanoïdes à son réseau d’usines.
Neura lève le voile sur son dernier robot humanoïde, 20% plus léger
Les entreprises et instituts de recherche peuvent ainsi tester des cas d’usage avec le robot mobile MiPA et les bras robotisés MAiRA de Neura Robotics, mais aussi et surtout avec le robot humanoïde 4NE1. La pépite allemande a profité de l’événement pour dévoiler son appareil de quatrième génération, déjà en service au RoboGym est en cours de préparation pour une production en série. Celui-ci est plus fin, doté d’une enveloppe en textile et 20% plus léger que la version précédente. Neura Revendique en outre une préhension plus précise et des membres pouvant réagir indépendamment les uns des autres. Sous le capot, le modèle propriétaire Neuron AI, présenté le 14 octobre.
Au total, Neura Robotics a identifié dix centres d’entraînement, dont cinq devraient voir le jour en Europe, aux États-Unis et en Chine d’ici à la fin de l’année. En dehors de Munich, qui a mobilisé un investissement de 17 millions d’euros (dont 11 millions apportés par la start-up), Neura s’est associée à l’École supérieure polytechnique de Rhénanie-Westphalie (RWTH) d’Aix-la-Chapelle pour bâtir un site de 3000 m² ouvert aux instituts de recherches, grandes entreprises et PME. Un premier centre d’entraînement a déjà été ouvert à Hangzhou (Chine), où Neura travaille avec Alibaba Cloud pour la collecte de données et le déploiement industriel.
Un réseau de “data factories d’IA physique” bâti par Generative Bionics
De l’autre côté des Alpes, l’italien Generative Bionics travaille aussi sur une infrastructure physique d’entraînement. À l’occasion du CES Unveiled Milan le 21 octobre, la start-up génoise derrière le robot humanoïde GENE.01 a annoncé un plan visant à construire un réseau de “data factories” d’IA physique. Ces sites permettront aux robots de reproduire des tâches en continu dans des environnements en conditions de production réelles, en lien avec des partenaires industriels.
“Ces opérations généreront des données physiques haute-fidélité pour l’entraînement des world action models et la validation du système robotique complet, incluant la perception, le contrôle, le comportement de sécurité et l’exécution des tâches avant son déploiement chez les clients”, énumère Generative Bionics. À noter que chaque environnement réel et configuration de robot sera recréé sous forme de jumeau numérique, ce qui permettra de tester une multitude de scenarii différents impossibles à reproduire de manière physique.
Le premier site ouvrira en Italie avant la fin 2027
Le premier site, d’une surface de 5000 m², devrait ouvrir d’ici au quatrième trimestre 2027. Il sera suivi d’un deuxième site en Europe et d’une troisième installation “destinée aux marchés internationaux”. Ce réseau d’usines utilisera l’infrastructure Helios d’AMD, l’un des plus proches partenaires de Generative Bionics. L’entreprise de semi-conducteurs l’a notamment soutenue lors de sa levée de fonds de 70 millions d’euros, en décembre 2025, et conçoit les puces X100 (16 cœurs Zen 5, un GPU, un NPU) qui équiperont ses robots humanoïdes.
Generative Bionics a annoncé en début d’année la conclusion d’un partenariat de quatre ans avec le constructeur naval Fincantieri afin de déployer son robot humanoïde sur certains chantiers pour des tâches de soudage. La start-up travaille aussi avec l’énergéticien Eni pour explorer les cas d’usage de son robot humanoïde.
Source : usine-digitale.fr
