Elon Musk perd son procès contre OpenAI, qui se rapproche d’une entrée en Bourse
Le jury fédéral d’Oakland a tranché lundi en deux heures, à l’unanimité, en faveur de Sam Altman. La plainte du patron de Tesla a été jugée prescrite. Son avocat annonce un appel.
Deux heures. C’est tout ce qu’il aura fallu au jury fédéral d’Oakland pour clore, lundi 18 mai, trois semaines d’audiences hors du commun. À l’unanimité, neuf jurés américains ont donné raison à OpenAI et son patron Sam Altman, contre Elon Musk. La cour fédérale d’Oakland «confirme qu’elle accepte les conclusions du jury comme siennes», a déclaré dans la foulée la juge Yvonne Gonzalez Rogers.
La raison ? Une question de calendrier. La plainte de l’homme le plus riche du monde, déposée en 2024 contre les cofondateurs d’OpenAI, est jugée prescrite : déposée trop tard, soit plus de cinq ans après le virage commercial d’OpenAI, créé fin 2015 comme une fondation à but non lucratif.
Le jury n’aura donc pas eu à se prononcer sur le nœud de la discorde : les 38 millions de dollars de dons accordés par Musk en 2015 ont-ils été détournés pour s’enrichir et trahir la promesse de départ de développer une intelligence artificielle (IA) «bénéfique pour l’humanité» ? La question reste en suspens. Selon la défense, Musk savait depuis 2018 que la structure avait pris un virage commercial. En témoignent, entre autres, ses messages avec Shivon Zilis, sa proche conseillère et ancienne administratrice d’OpenAI, et accessoirement mère de quatre de ses enfants.
Champ libre pour OpenAI
À la sortie du tribunal, l’avocat d’OpenAI William Savitt n’a pas mâché ses mots : «ce verdict confirme que cette assignation était une tentative hypocrite de saboter un concurrent». Microsoft, premier investisseur historique d’OpenAI et que Musk attaquait pour complicité, est également mis hors de cause. Pour la start-up à l’origine de ChatGPT, le soulagement est immense.
Une décision favorable à Musk aurait lourdement handicapé sa croissance, en pleine bataille contre Anthropic, Google ou xAI, le propre laboratoire d’IA du patron de Tesla. À l’inverse, le verdict ouvre la voie à une introduction en Bourse (IPO) en écartant l’épée de Damoclès judiciaire qui planait depuis deux ans. Et l’enjeu est de taille. OpenAI prépare ce qui serait la plus grande IPO de l’histoire. Elle entend lever au moins 60 milliards de dollars lors de sa cotation à la Bourse de New York, attendue l’année prochaine ou début 2027. Un record. La structure commerciale d’OpenAI, lancée en 2019, est aujourd’hui valorisée 850 milliards de dollars ; et son produit phare, ChatGPT, est utilisé par plus de 900 millions de personnes par semaine.
«Juge militante»
Du côté de Musk, on encaisse mais on ne capitule pas. Au micro de CNBC, l’un des avocats du milliardaire, Marc Toberoff, a indiqué que son client allait faire appel. Le principal intéressé, lui non plus, n’a pas attendu pour réagir. Sur son réseau social X, l’homme le plus riche du monde a fustigé une «juge militante» qui s’est servie du jury «comme alibi» pour créer un «épouvantable précédent» qui offrirait, selon lui, «un permis de piller des organisations caritatives» en dissimulant les faits pendant trois ans. Le milliardaire a finalement retiré ce message quelques heures plus tard. Ne subsiste qu’un autre tweet, plus mesuré, déplorant que la cour n’ait pas «statué sur le fond de l’affaire» mais «seulement sur une formalité de calendrier».
