De 372 millions à 1,8 milliard d’euros : la montée en puissance des investissements marocains en France
Longtemps perçue comme un flux à sens unique, la relation économique entre le Maroc et la France connaît une évolution discrète mais significative. Les investissements marocains dans l’Hexagone ont atteint 1,8 milliard d’euros en 2022, contre 372 millions d’euros en 2015, soit une multiplication par près de cinq en sept ans. Une progression qui a permis au Royaume de devenir le premier investisseur africain en France.
Pour Déborah Lévy, journaliste spécialisée dans les relations économiques franco-marocaines, cette dynamique traduit une transformation plus profonde des échanges entre les deux pays. « Alors que l’on observe des entreprises françaises s’implanter ou renforcer leur présence au Maroc, certaines entreprises marocaines empruntent désormais le chemin inverse », souligne-t-elle.
Cette tendance s’est illustrée récemment avec le partenariat conclu entre OCP Maintenance Solutions, filiale du Groupe OCP, et NTN Europe. L’accord vise à déployer sur le marché européen des technologies de maintenance prédictive développées au Maroc. La France constituera le premier terrain d’expérimentation de cette coopération.
Pour la journaliste, cette opération rompt avec les schémas traditionnels qui ont longtemps caractérisé les échanges économiques entre les deux rives de la Méditerranée. « Une entreprise marocaine n’arrive pas ici pour produire à moindre coût pour le compte d’un groupe européen ; elle vient avec ses propres technologies, conçues au Maroc, afin de les proposer aux industriels français puis européens », observe-t-elle.
Si l’attention médiatique se concentre souvent sur l’expansion des groupes français à Casablanca, Rabat ou Tanger, le mouvement inverse demeure moins commenté. Pourtant, selon Déborah Lévy, il constitue l’une des évolutions les plus intéressantes de la relation franco-marocaine. Le Maroc n’apparaît plus uniquement comme une destination d’investissement pour les entreprises françaises ; il devient également un point de départ pour des capitaux, des entreprises et des innovations à destination de la France.
Au-delà des investissements, les deux pays semblent également approfondir l’interconnexion de leurs réseaux économiques, institutionnels et culturels. Il y a deux semaines, Montpellier a accueilli entreprises, investisseurs et institutions autour de la coopération économique franco-marocaine. Dans le même temps, le Maroc a rejoint, en qualité de membre fondateur, l’Alliance Lumière dédiée au cinéma et à l’audiovisuel. Quelques jours plus tard, l’événement parisien Food Temple mettait à l’honneur un Maroc contemporain sous ses multiples facettes.
Pour Déborah Lévy, ces initiatives témoignent d’un rapprochement progressif entre des acteurs qui évoluaient jusqu’ici dans des sphères relativement distinctes. Entreprises, médias, institutions, investisseurs et créateurs des deux pays se retrouvent désormais de plus en plus fréquemment autour de projets communs.
Cette évolution est également perceptible dans son activité professionnelle. « Les échanges circulent désormais dans les deux sens et les liens se créent de manière beaucoup plus spontanée. C’est sans doute pour cela que je n’ai jamais eu l’impression de travailler véritablement “entre” la France et le Maroc : je travaille dans les deux pays à la fois », confie-t-elle.
Derrière les montants d’investissement, les accords économiques et les grands projets, la journaliste voit ainsi se dessiner une autre réalité : celle d’un rapprochement porté par les individus eux-mêmes. Un mouvement moins visible que les chiffres, mais qui contribue, selon elle, à rapprocher durablement les deux pays en multipliant les occasions de rencontre et de coopération.
Source : fr.hespress.com
