Culture

Un romancier en lice pour le Goncourt accusé d’avoir écrit son livre avec l’IA

Sur la foi d’un logiciel de détection, un compte anonyme sur X affirme que le livre de l’Haïtien Thélyson Orélien a été rédigé par une machine. L’auteur dément.

undi 21 septembre, sur le réseau social X, un compte (Balance ton Claude) suivi par 92 personnes à peine a affirmé, dans un message vu plus de trois millions de fois, que « C’était ça ou mourir », de Thélyson Orélien, avait été « presque intégralement » écrit par une intelligence artificielle. Premier roman de ce poète haïtien établi au Québec depuis le séisme qui a dévasté son pays en 2010, le livre suit un professeur d’histoire en fuite, de Port-au-Prince à la frontière américaine. Publié en France par la maison parisienne Grasset, il s’y est vendu à quelque 35 000 exemplaires et figure sur la première liste du Goncourt, le plus prestigieux des prix littéraires français.

Pour étayer son accusation, ce compte s’appuie sur Pangram, un logiciel américain qui estime la probabilité qu’un texte ait été généré automatiquement. Selon ce détecteur, les écrits d’Orélien antérieurs à 2022, année du lancement de ChatGPT, ne doivent rien à la machine, quand le roman et ses textes plus récents en seraient pour l’essentiel issus.
Plusieurs vérifications menées depuis avec d’autres logiciels confirment ce verdict. L’une d’elles a voulu s’assurer que ces outils ne prenaient pas pour artificielle une écriture venue d’Haïti ou d’Afrique. Soumis au même examen, sept romans d’auteurs haïtiens et africains ont tous été jugés humains, quand celui d’Orélien restait classé comme généré par une machine. D’autres détecteurs concluent en revanche que le texte a bien été écrit par un humain.

C’est que ces logiciels ne livrent qu’une estimation insuffisamment probante. Contrairement à certaines images, un texte ne porte aucune marque invisible de son origine, et ces outils n’ont d’autre indice que certains tics de vocabulaire. Cet été, Pangram avait ainsi tenu pour entièrement artificielle la nouvelle « The Serpent in the Grove », couronnée par un prix international. Son auteur, Jamir Nazir, a été blanchi en présentant ses brouillons.

« Une campagne de haine »

« Je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine », a répondu l’écrivain, qui dit avoir commencé son livre à l’automne 2017, bien avant l’essor des robots conversationnels. Il revendique une écriture nourrie des traditions haïtiennes et caribéennes et affirme avoir essuyé de nombreuses attaques racistes depuis son arrivée en France. Grasset dénonce pour sa part « une campagne de haine ». Ses éditeurs et lui préparent un dossier, brouillons compris, pour prouver qu’il est bien l’auteur du texte. Juré du Goncourt, Pierre Assouline a prévenu que l’affaire s’inviterait forcément à la prochaine réunion du jury.

Source : maroc-hebdo.com