À Safi, Akkar souffle sur le feu
Dans une ville où la terre, l’eau et le feu ont façonné depuis des siècles l’une des plus prestigieuses traditions céramiques du Royaume, la mémoire des maîtres potiers de Safi a retrouvé une voix.
Réunis autour de la présentation de l’ouvrage « Lamali & Les Maîtres du Feu de Safi », les acteurs du patrimoine, de la création et du développement territorial ont célébré bien davantage qu’une publication : un acte de transmission destiné à préserver un héritage artistique menacé par l’érosion du temps.
Porté par l’Association Hawd ASSAFI, l’événement a rendu hommage à Lamali, figure tutélaire de la céramique safiote, mais aussi à tous ces artisans dont le geste, transmis d’atelier en atelier, a façonné l’identité visuelle de Safi et contribué à son inscription parmi les villes créatives de l’UNESCO. Avec cet ouvrage richement illustré, le professeur Mohamed Akkar ne s’est pas limité à retracer l’histoire d’un métier. Il a proposé une véritable lecture patrimoniale de la céramique de Safi, où chaque pièce, chaque décor et chaque cuisson racontent une mémoire collective. À travers les trajectoires des maîtres potiers, l’auteur restaure la dimension humaine d’un savoir-faire qui dépasse la simple production artisanale pour relever de la création artistique et de la civilisation marocaine.
Beauté de l’imperfection
La cérémonie s’est ouverte par une immersion dans l’histoire de la poterie safiote à travers une exposition d’œuvres emblématiques, avant que le professeur Akkar ne présente les fondements de son travail, salué comme une contribution majeure à la documentation d’un patrimoine longtemps transmis par la parole et le geste davantage que par l’écrit. Les débats ont ensuite élargi la réflexion aux défis contemporains de la filière. L’expert de l’artisanat marocain, M. Sairi, a rappelé que la poterie de Safi constitue un patrimoine national dont la sauvegarde exige des politiques de transmission adaptées aux mutations sociales et économiques.
Pour sa part, Yousef Tari Maalek, de SouthBridge, a défendu une vision articulant patrimoine et développement, en soulignant que l’avenir de la céramique safiote repose autant sur l’innovation, le design et la structuration économique que sur la fidélité aux savoir-faire hérités des anciens maîtres. Point d’orgue de la rencontre, la présentation officielle de l’ouvrage, suivie de sa signature, a offert au public un moment d’échange privilégié avec son auteur, confirmant l’intérêt croissant porté à la valorisation de la mémoire artisanale marocaine.
La manifestation s’est achevée sur une démonstration du premier Raku africain, intitulée « La beauté de l’imperfection ». Inspirée de la tradition japonaise, cette performance a illustré avec force le dialogue entre les cultures du feu, rappelant que la céramique demeure un art où l’aléa de la cuisson participe pleinement de l’œuvre, transformant chaque création en pièce unique.
Mise à part son caractère éditorial, cette rencontre aura consacré la céramique de Safi comme un patrimoine vivant, dont la valeur réside autant dans les œuvres que dans les femmes et les hommes qui perpétuent ce langage de la terre et du feu. En réunissant historiens, artisans, chercheurs, entrepreneurs et amateurs d’art, l’Association Hawd ASSAFI a rappelé que la sauvegarde du patrimoine ne consiste pas seulement à conserver le passé, mais à lui offrir les conditions de son avenir.
Source : lopinion.ma
