Hollywood accélère son virage vers l’intelligence artificielle
Après des années d’hésitation, les studios hollywoodiens multiplient les partenariats avec les spécialistes de l’intelligence artificielle. L’objectif est d’accélérer la production et de réduire les coûts, sans remettre en cause le rôle central des réalisateurs, des acteurs et des équipes créatives.
Longtemps méfiante face à l’intelligence artificielle, l’industrie hollywoodienne change progressivement de posture. Après avoir redouté les atteintes à la propriété intellectuelle, la substitution des acteurs par des avatars numériques et les limites techniques des premières vidéos générées par IA, les grands acteurs du secteur multiplient désormais les partenariats avec des entreprises spécialisées, tout en affirmant vouloir préserver la dimension artistique de la création cinématographique. Ce basculement marque une nouvelle étape dans l’intégration de l’IA au sein de la chaîne de production audiovisuelle.
Le tournant s’est accéléré au début de l’année avec l’acquisition par Netflix de la start-up InterPositive, fondée en 2022 par Ben Affleck, pour 587 millions de dollars. Cette plateforme développe des outils d’assistance à la production audiovisuelle basés sur l’intelligence artificielle. Quelques mois plus tard, Lionsgate est entré au capital de Runway, l’un des leaders mondiaux de la vidéo générée par IA, afin de développer de nouveaux projets créatifs, tandis que Google a conclu un partenariat similaire avec le studio indépendant A24.
Ces rapprochements interviennent alors que les progrès technologiques rendent les contenus générés par IA de plus en plus crédibles. Les défauts qui caractérisaient les premières générations de vidéos de synthèse s’estompent progressivement. Selon Runway, lorsque le récit est suffisamment solide, la technologie devient presque imperceptible pour le spectateur. Pour ses responsables, cette évolution tient autant aux performances des outils qu’à la maîtrise croissante des créateurs qui les utilisent.
Netflix affirme déjà exploiter ces technologies pour accélérer et optimiser ses productions. Son codirecteur général, Ted Sarandos, a indiqué que plus de dix-sept minutes de la série documentaire The American Experiment avaient été enrichies grâce à l’IA, notamment par l’ajout de personnages numériques. Toutefois, la plateforme insiste sur le fait que l’intelligence artificielle intervient principalement en amont ou en aval du tournage, pour la préparation des scènes, les effets visuels ou l’étalonnage des images, sans remettre en cause le travail des réalisateurs et des comédiens.
Cette approche donne naissance à un nouveau modèle qualifié de « cinéma hybride ». La société Wonder Project s’est associée à Luma afin de développer un procédé permettant de filmer les acteurs dans un décor réel avant d’intégrer rapidement un environnement virtuel généré par IA. Ce système offre aux équipes une visualisation quasi instantanée des scènes et facilite d’éventuels ajustements pendant le tournage. Le premier film utilisant cette technologie, Young Washington, a déjà généré plus de 40 millions de dollars de recettes, soit environ deux fois son coût de production.
Si les métiers du cinéma conservent leur place dans cette évolution, des interrogations demeurent sur l’impact de l’IA sur l’emploi et sur l’ampleur des productions traditionnelles. Matt Damon estime notamment que les superproductions mobilisant d’importants moyens humains pourraient devenir plus rares. Les grands studios historiques, comme Disney, Warner Bros, Universal, Paramount ou Sony, restent officiellement prudents, mais plusieurs spécialistes considèrent qu’ils devront, à terme, adopter ces technologies afin de bénéficier des gains de productivité et des économies qu’elles promettent.
Source : lopinion.ma
