Sommet de l’Otan en Turquie : la mer Égée, champ de bataille d’Erdogan
Le président turc, qui accueille mardi et mercredi le sommet de l’Alliance atlantique, profite de son entente avec Trump et multiplie les provocations contre son voisin grec.
Le projet a été mis en veilleuse à quelques jours du sommet que la Turquie accueille à Ankara mardi 7 et mercredi 8 juillet, pour calmer les tensions. Mais la menace de la Turquie contre son voisin grec va continuer de planer sur la mer Égée ces prochaines semaines. En cause, un projet de loi, dévoilé au printemps, qui prolonge la doctrine militaire de la « Patrie bleue » (Mavi Vatan) et prévoit de repousser unilatéralement les frontières maritimes turques… au détriment de la Grèce.
La « Patrie bleue »
Le Dodécanèse, archipel de douze îles principales qui lui ont donné son nom, ancien territoire ottoman passé sous contrôle italien (de 1912 à 1947) avant d’être cédé à la Grèce, a toujours été considéré par la Turquie comme partie intégrante de son espace. Il est officiellement revendiqué comme tel dès 1973 sur les cartes nationales. Et en 2006, sous l’impulsion de deux anciens amiraux nationalistes, Cem Gürdeniz et Cihat Yayci, la doctrine de la « Patrie bleue » voit le jour.
Ces déclarations précèdent une offensive diplomatique et cartographique. Ankara signe fin 2019 un accord de délimitation maritime avec le gouvernement transitoire en Libye. Ce qui pousse la Grèce à tracer de nouvelles zones exclusives avec l’Egypte. En 2020, la Turquie durcit le ton en envoyant en mer Égée un navire de prospection escorté par des bâtiments militaires. Une collision survient même entre deux frégates. Les deux pays membres de l’Otan sont de nouveau au bord deu conflit armé, comme dans les années 1990 où les manœuvres autour de l’îlot inhabité d’Imia avaient failli provoquer une escalade.
Les pays européens se rangent du côté d’Athènes et dénoncent une violation des conventions internationales. En particulier la France. La frégate Courbet patrouille dans la zone, sous mandat de l’Otan, en juin 2020. Elle contrôle un cargo, soupçonné de se livrer à du trafic d’armes vers la Libye, mais se fait « illuminer » par les radars de tir d’un navire militaire turc. La ministre de la Défense, Florence Parly, évoque alors « un acte de guerre ». La Grèce et Chypre dénoncent des agissements « illégaux » de la part de la Turquie. Les lois maritimes permettent en effet d’instaurer une ZEE à 6 miles nautiques des côtes, y compris autour des îles. Athènes se réserve le droit de porter cette zone à 12 miles, ce qui constituerait pour la Turquie un casus belli.
« Autonomie stratégique européenne »
Le différend en mer Égée et l’expansionnisme d’Ankara dépassent largement le cadre d’une simple crise bilatérale entre la Turquie et la Grèce. ll prend en étau l’île de Chypre, dont le tiers nord est occupé par l’armée turque depuis 1974. Il implique l’Union européenne via deux de ses États membres. Il concerne aussi les alliés de la Grèce comme Israël ou les Émirats arabes unis, qui se sont déclarés solidaires d’Athènes. Mais surtout, il sape les efforts de l’Otan pour renforcer la cohésion entre ses membres. La « mini guerre froide » égéenne est d’ailleurs un bon révélateur de l’atmosphère au sein de l’Alliance. Et alors que Donald Trump est attendu à Ankara, les Européens sont censés faire front pour démontrer leur capacité à défendre une forme d’ « autonomie stratégique européenne ».
Source : lepoint.fr
