Robots industriels : Sereact, la start-up allemande qui défie les américains dans les modèles d’IA pour la robotique, lève 110 millions de dollars
Le nouveau modèle Cortex 2.0 de la start-up allemande, entraîné sur plus d’un milliard de données réelles, évalue en temps réel différentes trajectoires de robots avant de choisir la plus sûre et la plus efficace. Sereact revendique des déploiements sur plus de 200 systèmes en Europe, notamment pour BMW, Mercedes-Benz et PepsiCo. De quoi sérieusement concurrencer les start-up américaines mettant au point des modèles à usage général, comme Physical Intelligence ou Skild AI.
En Europe, un pays fait figure d’exception dans le paysage de la robotique : l’Allemagne. Les jeunes pousses spécialisées dans le secteur ne manquent pas, autant sur le hardware que sur le software. Sereact est l’une d’entre elles et travaille sur un modèle d’IA applicable à tous types de robots. Elle a annoncé le 27 avril une levée de fonds de 110 millions de dollars (93 millions d’euros), dans un tour mené par Headline avec le soutien du luxembourgeois Bullhound Capital, du français Daphni et du britannique Felix Capital.
Les robots équipés des modèles de Sereact ont réalisé plus d’un milliard de tâches
Fondée en 2021, Sereact met au point des modèles d’IA pour robots leur permettant de réaliser des tâches sur lesquelles ils n’ont pas été spécifiquement entraînés (objets jamais vus, configurations inhabituelles, etc.). Son premier modèle, Cortex 1.0 est de type vision-langage-action (VLA) qui transforme les données de perception en un signal de contrôle. Il va ensuite déterminer quoi faire (objectifs, contraintes) et comment le faire (mouvements, trajectoires), avant d’exécuter la tâche.
Ce premier logiciel a fait ses preuves : Sereact revendique une intégration dans plus de 200 systèmes en Europe, avec plus d’un milliard de tâches de prélèvement en conditions réelles dans l’industrie et la logistique. La start-up de Stuttgart a déjà séduit des clients de taille : BMW, Daimler Truck et Mercedes-Benz, mais aussi PepsiCo et la Poste autrichienne.
Cortex 2.0, le modèle qui choisit un scénario et le met à jour tout au long de l’action
Sereact mise sur ces nouveau fonds pour développer son dernier modèle Cortex 2.0, dévoilé en février. Ce modèle introduit une nouvelle étape entre la phase de planification et d’exécution, avec un world model qui va “générer un ensemble de trajectoires futures potentielles, les confronter à un modèle appris de la physique et du comportement des objets, et évaluer chacune d’elles selon leur stabilité, leur risque et leur efficacité”. Les scénarios les moins favorables sont éliminés avant même que le bras ne se mette en mouvement, et celui retenu est mis à jour en fonction de l’évolution de la scène.
Ce nouveau modèle permettrait d’après la start-up de réaliser des tâches exigeant davantage de précision, comme l’assemblage de composants sous tension ou la préparation de kits devant être positionnés au millimètre près pour la station suivante. Compte tenu du marché actuel, Sereact s’est pour l’heure focalisée sur les robots industriels, mais son modèle a vocation à équiper toutes sortes de systèmes : robots à un bras, bi-bras, cellules fixes… et des robots humanoïdes.
Une seule opération sur 53 000 nécessite une intervention humaine à distance
Pour se démarquer, Sereact mise sur sa technique d’entraînement, avec une réintégration de chaque opération au modèle. La start-up affirme qu’une seule opération sur 53 000 nécessite une intervention humaine à distance. “Les concurrents lèvent des milliards pour entraîner leurs robots sur des données simulées et des démonstrations en laboratoire, explique l’entreprise. Sereact, quant à elle, a consacré cinq ans à l’entraînement de ses robots en conditions réelles, de nuit, aux heures de pointe, sur des objets complexes et inédits.” Cortex 2.0 a été entraîné sur plus d’un milliard de données visuelles réelles.
Outre-Atlantique, les start-up spécialisées dans le développement de modèles d’IA à usage général pour la robotique sont légion. C’est le cas de Physical Intelligence, qui a levé fin novembre 600 millions de dollars (510 millions d’euros) auprès de CapitalG, le fonds de growth indépendant d’Alphabet. Elle assure que son dernier modèle π0.7, présenté le 16 avril, peut “suivre de nouvelles commandes et réaliser des tâches inédites par rapport à ses données d’entraînement”. Skild AI figure également parmi les jeunes pousses les plus en vogue du secteur outre-Atlantique, tout comme Rhoda AI, qui entraîne son modèle à partir de plusieurs centaines de millions de vidéos en ligne.
Sereact entend aussi s’implanter aux États-Unis. La levée de fonds lui permettra ainsi d’ouvrir des bureaux à Boston et de recruter du personnel commercial et d’ingénierie au pays de l’Oncle Sam.
Source : usine-digitale.fr
