IA et réseaux sociaux, la mémoire des jeunes en danger ?
En offrant des solutions toutes faites et une gratification immédiate, les outils numériques érodent notre mémoire à court et long terme, montrent plusieurs études.
Le procès fait à la technologie d’affaiblir les capacités cérébrales est aussi ancien que la technologie elle-même. L’écriture puis l’imprimerie furent accusées de nuire à la mémoire en permettant de s’appuyer sur des supports extérieurs. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle et les réseaux sociaux sont à leur tour pointés du doigt. Les jeunes, grands utilisateurs, sont d’ailleurs souvent les premiers à reconnaître leurs effets négatifs sur la concentration et l’apprentissage. L’information est partout, immédiatement accessible, mais moins souvent cherchée, reformulée et donc mémorisée.
Les chercheurs observent des corrélations entre usage intensif de ces outils et performances moindres en lecture, mémoire et langage. En juin 2025, le Massachusetts Institute of Technology (MIT) a mené une étude auprès de 54 étudiants répartis en trois groupes. Les premiers pouvaient utiliser ChatGPT, les seconds un moteur de recherche classique tandis que les derniers n’avaient le droit à aucun outil numérique. Des capteurs mesuraient leur activité cérébrale lors de la rédaction d’une dissertation. Comme attendu, les utilisateurs de l’IA présentaient l’activité la plus faible. Le résultat le plus frappant concernait la mémoire. Une minute après avoir terminé leur texte, les étudiants devaient en restituer le contenu : plus de 80 % de ceux ayant utilisé un chatbot ne pouvaient pas citer une seule phrase. Les utilisateurs du moteur de recherche se souvenaient de plusieurs passages, tandis que ceux privés d’aide technologique restituaient de nombreux éléments. Or, réfléchir suppose de pouvoir mobiliser un « stock » d’informations en mémoire. Externaliser systématiquement l’effort cognitif pourrait fragiliser la consolidation dans la mémoire à court, moyen et long terme.
Le constat est similaire du côté des réseaux sociaux. Le site Jama Pediatrics a publié en 2025 une étude de l’université de Californie portant sur 6 500 jeunes de 9 à 13 ans suivis sur plusieurs années. Chaque année, ils déclaraient leur temps d’usage et passaient des tests cognitifs. Les enfants utilisant les réseaux sociaux environ une heure par jour obtenaient des scores inférieurs de un à deux points en lecture et mémoire par rapport aux non-utilisateurs. Et au-delà de trois heures, l’écart atteignait quatre à cinq points. Selon le Dr Nagata, qui a dirigé l’étude, chaque heure passée à faire défiler des contenus est une heure en moins pour des activités plus enrichissantes, comme la lecture ou le sommeil.
C’est l’Australie qui la première a pris des mesures, à l’automne dernier, interdisant les réseaux sociaux avant 16 ans. En Europe, la France fait figure de pionnière : l’Assemblée nationale a voté, fin janvier, l’interdiction des réseaux sociaux pour les mineurs de moins de 15 ans. « Les émotions de nos enfants et de nos adolescents ne sont pas à vendre ou à manipuler », avait déclaré Emmanuel Macron.
Source : lefigaro.fr
