L’Artisanat marocain franchit un cap stratégique
Le secrétariat d’État chargé de l’artisanat et de l’économie sociale et solidaire, en partenariat avec la Maison de l’artisan, a organisé le 9 février à Rabat le Forum international « Art & Craft Connect ». Cette rencontre a rassemblé les principaux acteurs du secteur autour des enjeux stratégiques de l’artisanat, aux niveaux national et international. L’événement a été marqué par l’inauguration officielle de l’exposition des produits de l’artisanat, mettant en lumière la richesse et la diversité du savoir-faire marocain.
À l’ouverture du forum, Fatim-Zahra Ammor, ministre du tourisme, de l’artisanat et de l’économie sociale et solidaire, est revenue sur les performances record enregistrées par les secteurs du tourisme et de l’artisanat en 2025. Elle a souligné que ces deux secteurs assurent aujourd’hui près de 3,2 millions d’emplois et contribuent à plus de 14 % du PIB. La ministre a réaffirmé l’engagement du gouvernement à poursuivre les efforts visant à créer un environnement favorable au développement de l’artisanat, tout en préservant son authenticité. Elle a insisté sur la nécessité de relever les défis liés à la compétitivité, à la digitalisation et à l’amélioration des conditions de vie des artisans, en mettant un accent particulier sur l’insertion des jeunes et des femmes.
Dans ce cadre, Mme Ammor a également souligné l’importance de renforcer la coordination et la mobilisation de l’ensemble des acteurs concernés, notamment les Chambres d’artisanat, ainsi que les intervenants des secteurs public et privé, afin d’assurer un meilleur accompagnement, encadrement et structuration des artisans.
Dynamique accélérée
Lahcen Essaadi, secrétaire d’État chargé de l’artisanat et de l’économie sociale et solidaire, a dressé lors de ce forum un bilan détaillé des avancées réalisées par le secteur. Il a souligné la profonde mutation de l’artisanat marocain, passé d’un secteur « à vocation essentiellement sociale » à un secteur productif performant, contribuant de manière significative à l’amélioration des indicateurs de l’économie nationale, à la création de valeur ajoutée et à l’emploi. Selon M. Essaadi, cette transformation s’inscrit dans une approche intégrée, déployée en deux phases complémentaires : une première dédiée à la structuration du secteur, suivie d’une seconde visant l’accélération du développement et le décollage économique. La phase de structuration a été marquée par une réforme globale du cadre réglementaire, notamment à travers la promulgation de la loi n° 50-17 relative à l’exercice des activités de l’artisanat et de ses textes d’application. Cette réforme a permis la mise en place du Registre national de l’artisanat, qui compte aujourd’hui plus de 440.000 inscrits, ainsi que le lancement du chantier de création des instances professionnelles.
Le secrétaire d’État a également mis en avant la généralisation de la protection sociale au profit des professionnels du secteur. Ce chantier a permis l’élargissement de la couverture sociale et l’amélioration des conditions d’accès aux services, au bénéfice d’environ 660 artisanes et artisans, traduisant la volonté de renforcer l’inclusion sociale et professionnelle et de consacrer les principes d’équité et de justice sociale au sein du secteur. Dans le même sillage, le rôle de la Maison de l’artisan a été consolidé en tant qu’acteur central de la mise en œuvre de la politique de développement, à travers l’accompagnement des artisans et la promotion du rayonnement des produits de l’artisanat aux niveaux national et international.
Ces efforts structurels se sont traduits par une évolution notable de la dynamique de production et de la performance économique du secteur. Celui-ci a généré un chiffre d’affaires global d’environ 147 milliards de dirhams et enregistré un niveau inédit d’exportations, atteignant près de 1,23 milliard de dirhams en 2025, avec un taux de croissance annuel moyen de 7,6 % entre 2019 et 2025. Le secteur contribue également à hauteur d’environ 10 % aux recettes touristiques en devises issues de l’acquisition de produits de l’artisanat. S’agissant des marchés à l’export, les États-Unis se positionnent en tête avec 49 % des exportations, suivis de la France (10,5 %) et la Turquie (6 %). En termes de produits, la poterie et la pierre dominent les exportations avec 35,7 %, devant les tapis (18%) et les vêtements traditionnels (17%). Par ailleurs, le taux de satisfaction de la demande internationale à l’égard des produits de l’artisanat marocain dépasse 90%, témoignant d’un fort alignement avec les exigences des marchés extérieurs.
Pour M. Essaadi, ces indicateurs reflètent l’impact positif des réformes engagées. Le responsable gouvernemental a rappelé que la stratégie d’accès aux marchés repose sur une approche intégrée articulée autour de quatre axes majeurs : la participation à des manifestations promotionnelles à forte valeur ajoutée, le développement de réseaux d’affaires avec des acheteurs et acteurs de référence, la conclusion de partenariats commerciaux avec des opérateurs de renom, ainsi que le déploiement de campagnes de communication ciblées. Dans cette logique, le secteur s’est doté d’un système qualité structuré comprenant 77 labels de qualité enregistrés en tant que marques collectives de certification et 446 normes de conformité. À ce jour, plus de 2.500 unités de production ont bénéficié du processus de certification, renforçant la qualité et la compétitivité des produits artisanaux à l’échelle internationale. Trois programmes structurants ont également été lancés afin d’accompagner les artisans et d’améliorer leur productivité : le programme d’excellence dédié aux filières du tapis, de la poterie et de la céramique, le programme d’accompagnement des exportateurs et le programme de soutien aux agrégateurs. Entre 2024 et 2025, 228 artisans ont bénéficié de ces dispositifs.
La formation et le développement du capital humain occupent par ailleurs une place centrale dans la stratégie du secteur. Le taux d’insertion professionnelle des diplômés des établissements de formation relevant de l’artisanat dépasse 85 %, illustrant l’efficacité du système de formation professionnelle et son adéquation avec les besoins du secteur. Celui-ci dispose actuellement d’un réseau de 67 établissements, dont 22 instituts spécialisés et 45 centres de qualification professionnelle, en plus de 100 annexes couvrant l’ensemble du territoire national. Ce dispositif offre une capacité d’accueil de plus de 35.000 places pédagogiques et propose des programmes dédiés au renforcement des compétences, à la préservation des métiers menacés et à la transmission intergénérationnelle des savoir-faire.
Le nombre total d’inscrits atteint 73.427 jeunes, dont 63 % de filles. Un nouveau contrat programme pour la formation par apprentissage (2025-2030) a été signé, avec pour objectif de former 30.000 jeunes par an et d’atteindre 150.000 inscrits à l’horizon 2030.
Source : aujourdhui.ma
