Gouvernement El Mansouri : une équipe élargie, un cap à tenir
Trente-deux membres, quatre partis dans la majorité et plusieurs intitulés redessinés : le gouvernement nommé vendredi par le Roi Mohammed VI entre en fonction sous le signe d’une équipe plus étoffée et d’un agenda chargé. Entre continuité aux postes clés et signaux politiques, sa composition appelle une lecture au-delà des noms.
Le Roi Mohammed VI a présidé, vendredi 16 octobre au Palais royal à Rabat, la cérémonie de nomination des membres du nouveau gouvernement, conduit par Fatima Ezzahra El Mansouri. L’équipe réunit la cheffe du gouvernement, vingt ministres et onze ministres délégués, issus de la coalition formée par le PAM, l’Istiqlal, l’USFP et le PPS.
Les postes régaliens sont reconduits : Abdelouafi Laftit reste à l’Intérieur, Nasser Bourita aux Affaires étrangères, Abdellatif Ouahbi à la Justice et Ahmed Toufiq aux Habous et aux Affaires islamiques. Fouzi Lekjaa prend les rênes de l’Économie, des Finances et de la Performance publique, Nizar Baraka celles de l’Équipement, de l’Eau et des Forêts, tandis que Nabil Benabdallah hérite de l’Éducation nationale et Youns Bjijou de la Santé et de la Protection sociale.
Plusieurs intitulés évoluent. Ahmed Rahhou dirige un nouveau ministère de l’Intelligence artificielle, de la Transformation numérique et de la Réforme de l’administration, secondé par Aïcha Guellaa, ministre déléguée chargée de la Réforme de l’administration. Khalid Hatimy conduit l’Agriculture, la Pêche maritime et la Souveraineté alimentaire, et Mohamed Mehdi Bensaid la Jeunesse, la Culture et les Sports, un département qui ne porte plus la Communication dans son intitulé.
Le calendrier, lui, ne laisse aucune marge : le projet de loi de finances 2027 doit être déposé avant le 20 octobre, et l’équipe doit parallèlement présenter son programme devant le Parlement.
Une architecture retouchée à la marge, des intitulés à transformer en politiques
Contacté par Hespress FR, Azzedine Hannoun, professeur de droit public à la Faculté des sciences juridiques et politiques de l’Université Ibn Tofaïl, revient sur la composition de l’Exécutif, dont la taille est, selon lui, le premier trait distinctif. Il compte 32 membres, rappelle-t-il : la cheffe du gouvernement, vingt ministres et onze ministres délégués, issus d’une coalition de quatre partis.
L’universitaire insiste sur la nécessité de comparer ce chiffre avec l’équipe sortante à périmètre équivalent. Le premier gouvernement Akhannouch comptait 24 ministres, relève-t-il, et la restructuration d’octobre 2024, qui a introduit des secrétaires d’État, l’a porté à 30 membres.
L’élargissement est donc réel, mais mesuré, estime-t-il. Il l’explique en bonne partie par le passage d’une majorité à trois partis à une majorité à quatre, chaque composante devant être représentée, et par la volonté de ne pas multiplier les formules de rang intermédiaire. Au-delà de l’arithmétique, l’essentiel sera la cohésion de l’équipe et sa capacité à conduire des politiques efficaces face aux défis du pays, avance-t-il. Le calendrier ne laisse guère de répit, souligne-t-il, entre le dépôt du projet de loi de finances 2027 avant le 20 octobre et la présentation, en parallèle, du programme gouvernemental devant le Parlement.
Sur le plan de l’architecture, le professeur note des reconfigurations limitées, qui ne touchent pas à la substance de la mission gouvernementale. Les départements de souveraineté et les titulaires des postes clés sont reconduits, observe-t-il, ce qui assure la continuité de l’action de l’État. Il relève ensuite que le portefeuille de la Communication ne figure plus dans l’intitulé du ministère de la Jeunesse et de la Culture, devenu ministère de la Jeunesse, de la Culture et des Sports. Selon lui, on peut y voir la volonté de laisser au Conseil national de la presse (CNP) toute la latitude pour jouer son rôle de régulation du secteur.
Il nuance toutefois aussitôt : cette lecture reste une interprétation, et seule la présentation du programme gouvernemental dira ce qu’il advient des attributions correspondantes. Le département de la Communication ne gère pas seulement la presse, mais également le cinéma, fait-il remarquer.
Deux intitulés retiennent particulièrement son attention, poursuit Azzedine Hannoun. Il évoque d’abord la création d’un ministère de l’Intelligence artificielle, de la Transformation numérique et de la Réforme de l’administration, confié à Ahmed Rahhou, puis l’inscription de la souveraineté alimentaire dans l’intitulé du ministère de l’Agriculture, de la Pêche maritime et de la Souveraineté alimentaire, dirigé par Khalid Hatimy. Ces choix s’inscrivent dans la ligne des orientations royales, précise-t-il. Mais ils ne doivent pas en rester au niveau sémantique, met-il en garde : une nouvelle étiquette ne vaut que si elle s’accompagne de structures (directions, départements, moyens humains et budgétaires) et d’objectifs mesurables. C’est à cette condition seulement que ces intitulés deviendront des politiques publiques, conclut-il sur ce point.
Enfin, le professeur de droit public voit dans cette composition une dimension politique assumée. Elle marque, à ses yeux, le retour de figures de l’équipe Benkirane, comme Nabil Benabdallah, nommé à l’Éducation nationale, et Charafat Afailal, à l’Énergie, aux Mines et au Développement durable. Elle comprend aussi des personnalités à fort ancrage dans l’action politique, ajoute-t-il, citant Samir Belfkih, Najwa Koukouss, Ahmed Mehdi Mezouari et Rachid Hamouni.
Cette orientation traduit, d’après lui, la volonté de donner au gouvernement une coloration plus politique que technique, après une législature où l’on a souvent reproché à l’Exécutif un déficit de médiation politique. Elle ne dispense pas de l’exigence d’efficacité, prévient-il : c’est sur les résultats, plus que sur les profils, que l’équipe sera jugée.
Source : fr.hespress.com
