Violences du 17 octobre : « chaos », « guérilla », « Macron déconnecté » : une France « sonnée » décrite à la une de la presse internationale
Au-delà des violences, les médias de nombreux pays rappellent la problématique du coût de la vie et des difficultés lycéennes.
C’est l’heure des premiers bilans et des premières analyses au lendemain d’une journée de violences en France. La presse étrangère, entre autres, se lance dans cet exercice. Le pays se retrouve ainsi à la une de nombreux médias internationaux dans la foulée des rassemblements lycéens et contre la vie chère qui ont dégénéré en graves émeutes dans plusieurs villes françaises.
Un mot revient très régulièrement dans les médias étrangers : « chaos ». C’est notamment le choix fait par les Belges de la RTBF. « La France constate l’ampleur des dégâts après les violences, les pillages et le chaos qui ont éclipsé la mobilisation contre la vie chère, à six mois de la présidentielle. La France se réveille sonnée ».
La même logique prévaut dans le Soir. Le quotidien considère que « la mobilisation contre la vie chère est éclipsée par des scènes d’une grande violence ».
Le « chaos » est aussi le terme retenu par l’Américain The Wall Street Journal pour définir la situation. « Des émeutiers ont saccagé plusieurs villes françaises », alors que le mouvement lycéen, « qui dure depuis plusieurs semaines, s’est transformé en une mobilisation plus large regroupant des citoyens en colère face à la hausse du coût de la vie. »
En Italie, la Rai reprend également la thématique économique. « La protestation se déroule dans un contexte de fortes tensions sociales, alimentées par la hausse des prix du carburant et la baisse du pouvoir d’achat. » La Stampa, de son côté, utilise le mot de « guérilla » pour qualifier ce qu’il s’est produit. Mais le quotidien italien met en regard la journée de samedi en France avec ce qu’il se passe aussi en Italie, tout en reprenant le même terme. « Milan, Turin, Bologne : la contestation contre la vie chère tourne à la guérilla. » L’Italie est en effet elle aussi secouée par un mouvement de revendications sur le coût de la vie avec des rassemblements qui tournent à l’émeute.
Au Royaume-Uni, The Guardian délivre une vision politique des événements. « L’extrême gauche comme l’extrême droite cherchent à tirer profit du mouvement de contestation : la première en se plaçant aux côtés des manifestants, la seconde en soutenant les forces de l’ordre. » Le journal britannique met aussi en cause le président de la République. « Macron entame la dernière ligne droite de son mandat présidentiel, laissant derrière lui un électorat polarisé et un paysage politique profondément fragmenté. »
Cette approche est aussi celle faite par El País. Le quotidien espagnol décrit un chef de l’État « déconnecté de la société ». Il évoque « encore six longs mois (de mandat) durant lesquels le pays doit approuver un budget et trouver des réponses à la montée irrésistible de l’extrême droite ».
En Allemagne, Bild fait le choix d’entamer son analyse en revenant sur une des nombreuses scènes qui a tourné sur les réseaux sociaux. Il s’agit d’une femme qui tente, seule, de s’interposer face à des pillards en leur disant, la voix pleine d’émotion : « Pourquoi faites-vous ça ? » Le média d’outre-Rhin rebondit sur cette question et décrit la situation ainsi : « C’est la question cruciale qui agite actuellement toute la France ». « Ce qui avait commencé comme une manifestation d’élèves et d’étudiants contre l’insuffisance des ressources dans les établissements scolaires et universitaires a dégénéré en émeutes. »
« Une colère intergénérationnelle latente »
Une autre scène fait aussi souvent le tour des médias internationaux : l’incendie de la mairie de Limoges (Haute-Vienne). « L’hôtel de ville historique a été ravagé par les flammes après qu’un groupe de personnes s’y est introduit. Quelques heures plus tard, une grande partie du bâtiment s’est effondrée », écrit Bild par exemple. El País rappelle que le monument est « classé aux monuments historiques ». Le journal espagnol constate que « les assaillants ont pu être rapidement évacués mais que les flammes n’ont pas pu être éteintes ».
C’est aussi par l’incendie de ce bâtiment que la chaîne CNN aborde les violences de samedi et tente de les analyser. « L’hôtel de ville de Limoges a été incendié et son toit s’est effondré », écrit le média américain. « Ces destructions interviennent après des manifestations largement pacifiques, nées des vastes rassemblements étudiants. Ils ont donné naissance à un mouvement plus large contre la vétusté des écoles, la flambée du coût de la vie et l’inaction perçue des pouvoirs publics. Ces manifestations sont devenues emblématiques d’une colère intergénérationnelle latente, alimentée depuis longtemps par la négligence des gouvernements qui, selon les manifestants, ne répondent pas à leurs appels au changement social et politique. »
Enfin, de l’autre côté de l’Atlantique également, Radio Canada rappelle la question de fond autour de laquelle tournaient les rassemblements de samedi. Le média canadien, après être revenu sur les violences, prend soin d’insister sur un point qui a pu passer à l’arrière-plan, à savoir que plusieurs manifestations se sont déroulées sans accroc. « En dépit de ces incidents, de nombreux manifestants ont répondu à l’appel et manifesté dans le calme pour faire entendre leurs revendications, dans les grandes villes comme de plus petites, à Niort ou encore à Valenciennes. »
Magyar et Vance
Certains dirigeants étrangers n’ont par ailleurs pas manqué de s’emparer des violences en France à des fins de politique intérieure.
Le vice-président américain JD Vance a estimé samedi que l’immigration en était la cause et a accusé l’opposition démocrate de vouloir le même « avenir » pour les États-Unis, à deux semaines d’élections législatives mal engagées pour le Parti républicain.
« Les progressistes occidentaux ont importé le tiers-monde en France et d’autres pays au nom de la diversité et de la compassion. Ils ont négligé les questions fondamentales d’assimilation et de compatibilité. On leur a dit que cela finirait comme cela et ils n’ont pas écouté », a-t-il écrit sur X.
Même tonalité pour le Premier ministre hongrois Peter Magyar, pour qui « à la lumière de cette destruction insensée et de cette violence injustifiable, il est désormais peut-être clair pour tout le monde pourquoi la Hongrie préconise les mesures les plus strictes possibles en matière de migrations ».
Source : leparisien.fr
