Rentrée parlementaire : Coup d’envoi, en attendant les équilibres !
En gestation, la future coalition se dessine à la veille de la rentrée parlementaire. Alors que la Koutla refait surface, ce scénario dépend de la convergence des programmes. Décryptage.
Le Parlement reprend, ce vendredi, après la trêve estivale conformément à la Constitution qui prévoit que l’instance parlementaire rouvre ses portes le deuxième vendredi d’octobre. La session d’octobre sera inaugurée par le Souverain. Il s’agit de la première année de la 12ème législature après les élections législatives qui ont accouché d’une nouvelle représentation nationale. Une grande partie a été réélue mais le casting est profondément renouvelé avec l’arrivée de nouveaux visages, surtout dans l’opposition.
Les députés vont siéger dans un nouvel hémicycle à la configuration inconnue sans forces antagonistes, les alliances n’étant pas encore achevées. Alors que la future majorité est en cours de constitution, l’opposition commence à se profiler et orbite autour du PJD et des partis de gauche, dont la FGD et le Parti Socialiste Unifié qui se sont d’ores et déjà proclamés opposants du future gouvernement El Mansouri.
Le Parti de la Lampe se présente comme la première force d’opposition avec ses 54 députés et promet une lutte tenace et sans merci à l’Exécutif.
De l’autre côté, la coalition est en gestation. La nouvelle Cheffe du gouvernement nommée fait la course contre la montre pour former cette coalition. Les tractations sont toujours en cours. Fatima Ezzahra El Mansouri enchaîne les réunions au siège de son parti. Elle a reçu, mercredi soir, le Secrétaire Général du Parti de l’Istiqlal, Nizar Baraka. Elle avait l’air rassuré et serein à la sortie de la réunion.
«Nous nous sommes mis au travail depuis une semaine, les discussions se passent dans un climat favorable”, a-t-elle déclaré aux micros des correspondants des médias, pressés devant le siège du PAM. Elle a promis aussi un gouvernement à la hauteur des espérances de SM le Roi et des Marocains.
Selon des sources concordantes, sauf imprévu, la future coalition devrait être annoncée la semaine prochaine. De toute façon, le prochain gouvernement devrait être nommé avant le début de l’examen de la prochaine Loi des Finances. Le gouvernement Akhannouch, rappelons-le, a été nommé dès le 7 octobre, soit un mois après le scrutin qui a eu lieu le 8 septembre 2021.
Les quasi-certitudes !
Jusqu’à présent, l’Istiqlal fait figure de favori pour rejoindre la majorité. Les militants du parti ont unanimement choisi, samedi dernier, la majorité à l’issue du Conseil national.
Nizar Baraka a eu mandat et carte blanche pour négocier la participation au prochain gouvernement. Le PAM considère depuis le début l’Istiqlal comme un allié naturel avec ses 65 sièges à l’hémicycle. Un poids parlementaire qui en fait un pilier majeur de toute future coalition au moment où le Rassemblement National des Indépendants (RNI) semble définitivement marginalisé pour ne pas dire écarté. Les militants du PAM, pour la plupart, se sont montrés réticents à toute alliance avec la Colombe après les nombreuses fâcheries de la campagne électorale. Ils sont nombreux à ne pas pardonner au parti d’Aziz Akhannouch ses communiqués incendiaires et les attaques virulentes de Rachid Talbi Alami contre Fouzi Lekjaâ pendant la campagne.
D’autres, comme Hicham El Mhajri, jugent risqué et téméraire de s’allier à nouveau avec un parti sanctionné par les urnes pour son bilan à la tête de l’Exécutif. Par conséquent, on pense à tort ou à raison qu’une véritable alternance passe par la mise à l’écart du RNI qui, dans ce cas, n’aurait d’autre choix que de basculer à l’opposition. Un scénario cauchemardesque pour beaucoup de poids lourds du parti qui, se sachant indésirables, avaient la mine lugubre et le cœur serré pendant leur dernier Conseil national. La frustration était si patente sur leurs visages renfrognés que toute la presse en a parlé.
Pourtant, le parti a annoncé sa volonté de rejoindre la majorité pour poursuivre “les chantiers” de réforme. Son président, Mohammed Chaouki, a été mandaté pour gérer les négociations. Mais, le vent, semble-t-il, ne lui est pas favorable.
En gros, l’arrivée de l’Istiqlal n’est qu’une question de temps. Reste juste à en négocier les termes. Le Parti de la Balance insiste beaucoup sur la prise en compte de ses engagements électoraux articulés autour du pouvoir d’achat, des services publics et des conflits d’intérêts. En théorie, il ne devrait pas y avoir de fossé énorme avec le PAM qui porte aussi un programme dit social de dépenses axées sur l’Etat-Providence, l’emploi et la promotion du pouvoir d’achat avec des coupes fiscales pour la classe moyenne.
Ressusciter la Koutla, entre désir et réalité
Jusqu’à présent, le PAM semble vouloir ressusciter la Koutla avec l’Istiqlal, le PPS et l’USFP. Ce bloc historique réveille les souvenirs d’un des temps glorieux de la politique marocaine. Un tel scénario donnerait 207 sièges. Une majorité juste assez confortable et pas trop plurielle.
L’USFP, qui partage avec le PAM son référentiel progressiste, semble désireux de rejoindre le gouvernement. Un vœu que porte depuis longtemps son Premier secrétaire, Driss Lachgar, qui ne veut pas laisser le parti avant son départ sur les bancs de l’opposition après son piètre score aux législatives. Le Bureau politique a choisi formellement la majorité en attendant le feu vert du Conseil national.
Fusionnés en un seul groupe parlementaire, le Mouvement Démocratique et Social et l’Union Constitutionnelle font toujours figure de variables d’ajustement, sachant qu’ils portent 25 sièges. Le flou plane encore sur le Mouvement Populaire.
En quête d’un terrain d’entente
Maintenant, les calculs arithmétiques ne suffisent pas à construire une majorité sans un minimum de convergences des programmes. La cohésion du futur gouvernement en dépend même si on a toujours tendance au Maroc à parler de la répartition du butin ministériel avant les idées. C’est le dilemme où se trouve actuellement le PPS que le PAM souhaite associer à la future majorité malgré son côté très socialiste, sachant qu’il a constitué son groupe parlementaire avec le Front des Forces Démocratiques (FFD), le Parti de l’Equité, le Parti de l’Unité et de la Démocratie et les Néodémocrates. Tous à l’extrême gauche et trop hostiles aux partis du centre droit pour être considérés comme des alliés potentiels.
Mandaté pour négocier avec Mme El Mansouri, le patron du Livre, Nabil Benabdallah, peine à se décider. Ce dernier semble hésitant entre un courant modéré et pragmatique et un autre qui a peur de se compromettre dans un gouvernement de centre droit. Benabdallah a réclamé des garanties et des engagements clairs sur les défis majeurs, surtout en matière de pouvoir d’achat. “La décision d’entrer au gouvernement est difficile”, avait reconnu ce dernier face au parlement de son parti, tout en faisant état de points de convergence avec le PAM. Mais, les chances d’une adhésion du PPS restent très fortes.
Nouveau quinquenna : Conflits d’intérêts, le point commun ?
Quand il a rencontré Fatima Ezzahra El Mansouri pour la première fois après sa nomination par SM le Roi, le leader de l’Istiqlal, Nizar Baraka, a parlé devant les caméras d’une nouvelle expérience politique que son parti a fait le choix de soutenir quelle que soit sa position.
La nouvelle coalition est censée être une alternative au gouvernement Akhannouch. Sa composition doit théoriquement prendre compte de la volonté des électeurs et du message qu’ils ont transmis dans les urnes. Le PAM, du haut de son statut de vainqueur, veut se montrer comme l’incarnation de l’alternance en s’inscrivant en porte-à-faux avec la présidence du RNI bien qu’il en fût l’allié.
Ahmed Touizi, président du groupe parlementaire du PAM, s’est fait l’écho de cette volonté de changement. Sur le plateau de 2M, il a déclaré que le prochain quinquennat sera différent du précédent. La lutte contre les conflits d’intérêts sera la différence, a-t-il rétorqué en réponse à la question du journaliste.
Touizi, une des personnalités influentes du Tracteur, a promis une loi spécifique sur les conflits d’intérêts. Il en a pris l’engagement en direct pendant l’émission. Le Parti de l’Istiqlal a aussi promis pendant la campagne de faire sortir cette loi qui n’a que trop tardé. D’ailleurs, c’est l’un des reproches faits au gouvernement Akhannouch dont le mandat a été ponctué de polémiques sur les marchés concernant des personnalités au sein ou proches du RNI. Idem pour les subventions publiques, surtout celles destinées aux importations de bétail. L’Istiqlal et le PAM partagent la volonté de mettre fin aux subventions sans impact sur les prix.
Source : lopinion.ma
