Maroc

Sebta : Rabat et Madrid tentent de trouver une réponse commune à la situation des mineurs

Des consultations sont en cours entre le Maroc et l’Espagne pour tenter de trouver une réponse commune aux conséquences de la récente crise migratoire à Sebta occupée. Au cœur des échanges figure la situation des mineurs marocains arrivés dans la ville, mais aussi la nécessité de renforcer la coopération judiciaire face aux réseaux de traite des êtres humains.

Selon les informations recueillies par Hespress, le ministre marocain de la Justice, Abdellatif Ouahbi, échange avec son homologue espagnol sur les modalités permettant de traiter les dossiers des mineurs marocains présents à Sebta, dans un contexte rendu plus complexe par les dernières décisions de la justice espagnole concernant les retours immédiats des migrants arrivés dans la ville.

Pour Rabat, le principe est clair : le Maroc se dit disposé à reprendre ses ressortissants mineurs, à condition que leur identité soit établie et que chaque dossier soit examiné individuellement. L’objectif est de permettre leur retour auprès de leurs familles, considérées comme le cadre naturel de prise en charge des enfants.

« Le Maroc est attaché au retour de tous ses mineurs », a déclaré Abdellatif Ouahbi à Hespress, précisant que la question de leur retour ne pose pas de difficulté de principe dès lors que leur identité est vérifiée.

Le ministre insiste toutefois sur une distinction essentielle dans l’approche marocaine : les adolescents impliqués dans les tentatives de passage ne doivent pas être considérés comme des délinquants. « Nous ne considérons pas ces enfants comme des criminels, mais comme des victimes de la traite des êtres humains », affirme-t-il.

Cette distinction se retrouve dans la réponse pénale défendue par Rabat. Les poursuites doivent, selon le ministre, viser en priorité les réseaux qui organisent les passages, exploitent la vulnérabilité des jeunes ou encouragent les violences.

Les personnes impliquées dans les actes de violence, les incendies ou les agressions peuvent également faire l’objet de poursuites. Ouahbi évoque près d’une centaine de personnes faisant l’objet de procédures, selon les dernières données dont il dispose, dans des dossiers liés notamment aux violences, à la traite des êtres humains ou aux incendies.

Le gouvernement marocain entend ainsi éviter que la réponse aux événements ne se traduise par une approche indistinctement répressive à l’égard de jeunes dont la vulnérabilité est précisément exploitée par les réseaux de passeurs.

Cette position intervient alors que les événements de fin juillet ont mis en lumière l’ampleur des mécanismes de mobilisation autour des tentatives de passage vers Sebta occupée, mais aussi la difficulté pour les autorités de distinguer les simples déplacements de personnes à l’intérieur du Maroc des démarches préparatoires à une migration irrégulière.

Ouahbi rappelle à cet égard que la liberté de circulation à l’intérieur du territoire marocain demeure un droit. Un citoyen qui se rend du centre du pays vers le Nord ne peut être empêché de voyager sur la seule base d’un soupçon concernant ses intentions. La situation juridique change, en revanche, lorsque le déplacement s’inscrit dans une tentative effective de migration irrégulière.

Rabat refuse de porter seul le poids de la crise

Outre le traitement des mineurs, le Maroc souhaite replacer la crise dans un cadre plus large. Pour Abdellatif Ouahbi, la gestion de la migration irrégulière ne peut durablement reposer sur la seule coopération entre Rabat et Madrid.

Le ministre estime que l’Union européenne doit également prendre sa part dans la recherche de réponses durables, compte tenu des dimensions humaines, juridiques et sécuritaires du phénomène.

Cette position n’empêche pas Rabat de vouloir préserver la relation avec Madrid. Au contraire, Ouahbi insiste sur le caractère stratégique du partenariat maroco-espagnol et met en garde contre les tentatives d’exploiter les tensions migratoires pour détériorer les relations entre les deux pays.

« L’Espagne est un pays ami », souligne-t-il, appelant à traiter les difficultés par le dialogue plutôt qu’à laisser le dossier migratoire devenir un facteur de crispation bilatérale.

Le ministre met notamment en garde contre ceux qui chercheraient à « pêcher en eaux troubles » entre Rabat et Madrid en instrumentalisant les événements de Sebta. Pour lui, la réponse passe par davantage de coordination directe et par une coopération juridique et institutionnelle renforcée.

Protéger les mineurs, poursuivre les passeurs

Le Maroc défend ainsi une ligne qui repose sur deux volets : faciliter, lorsque les conditions sont réunies, le retour des mineurs marocains dans un cadre respectueux de leurs droits, tout en renforçant les poursuites contre les réseaux qui organisent et exploitent les tentatives de passage.

« Nous ne sommes pas prêts à sacrifier nos adolescents et nos jeunes », affirme le ministre, estimant que ces derniers représentent l’avenir du pays et ne doivent pas faire l’objet de mesures de représailles.

La responsabilité pénale, selon cette approche, doit davantage peser sur les organisateurs et les trafiquants. Lorsque leurs activités entraînent des violences ou des décès de migrants, leur responsabilité peut devenir particulièrement lourde, selon les circonstances et les qualifications retenues par la justice.

Source : fr.hespress.com