Techonologie

Microagi lève 55 millions de dollars pour accélérer l’IA dédiée à la robotique industrielle

Microagi met au point Atlas, une plateforme qui fine-tune les modèles d’IA appliqués à la robotique à partir de données réelles collectées avec du matériel dédié. La start-up permet ainsi aux industriels de disposer du meilleur robot pour la tâche ciblée. Elle fait désormais tourner sa plateforme sur du matériel Nvidia Blackwell hébergé chez Google Cloud.

L’Allemagne est sans nul doute le pays européen le plus dynamique dans la robotique pour l’industrie. Il abrite notamment la start-up Microagi, qui a annoncé le 16 juillet une levée de fonds en seed de 55 millions de dollars (48,2 millions d’euros). Le tour de table a été mené par Hummingbird, avec la participation, entre autres, de Northzone et de Redalpine. Il s’agit de la levée de fonds en seed la plus importante jamais réalisée dans le pays germanique.

Microagi collecte des données avant d’optimiser les modèles d’IA

Fondée l’année dernière par un ex-ingénieur de l’écurie automobile Red Bull Racing, Microagi développe Atlas, une plateforme de données et de perfectionnement de modèles d’IA appliqués à la robotique. “Les robots réalisent environ 95 % de leur tâche avant de s’arrêter, explique la start-up dans un communiqué. Les derniers points, ceux qui déterminent si une machine améliore réellement la rentabilité de l’usine, dépendent uniquement des données opérationnelles et des cas particuliers propres à cette usine.”

Pour permettre aux robots d’être déployés plus rapidement et plus efficacement, Microagi commence par collecter des données en usine à l’aide de matériel de capture dédié et enregistre des processus propres à la production (tâches courantes, cas particuliers, etc.). “Ces données sont ensuite multipliées par simulation afin d’optimiser le modèle le plus adapté aux tâches spécifiques de chaque usine”, poursuit Microagi.

Le modèle d’IA est ainsi optimisé par la start-up en fonction des tâches ciblées, des objets manipulés et de l’environnement. Une fois cette étape terminée, les ingénieurs de Microagi déploient le robot le plus adéquat sur le terrain (humanoïde, bras robotisé, système mobile…). Les modèles déployés sont constamment peaufinés à travers une boucle d’amélioration continue.

Permettre aux industriels d’être agnostiques vis-à-vis du hardware et du software

Microagi n’a pour l’heure pas communiqué sur ses clients, indiquant simplement à Business Insider que cinq entreprises collectent des données avec Atlas et que l’une d’entre elles s’apprêtait à déployer les robots en usine. La start-up mise sur sa plateforme pour permettre aux industriels de réduire leurs coûts unitaires et d’être agnostiques vis-à-vis de tout fabricant de robots ou fournisseur de modèles d’IA.

La start-up a annoncé le 22 juillet un partenariat avec Google Cloud, qui lui garantit l’accès aux GPU Nvidia RTX Pro 6000 basés sur l’architecture Blackwell et aux racks GB300 du géant des semi-conducteurs. “Ceci inclut la plateforme Gemini Enterprise Agent et des modèles d’IA de pointe pour le traitement d’informations multimodales telles que la vidéo”, précise Google Cloud.

Avec cette levée de fonds, Microagi entend déployer Atlas sur les sites industriels de grandes entreprises internationales. La start-up a récemment inauguré son centre de recherche à Zurich, où l’écosystème robotique est particulièrement riche.

Une activité de collecte de données qui suscite la controverse

Microagi s’est retrouvée au cœur de la polémique fin mai lorsqu’elle a sorti son application de collecte de données Shift. Elle proposait alors aux New-yorkais un service de nettoyage à domicile gratuit… à condition que le personnel de ménage, équipé de caméras frontales, enregistre toutes les interventions pour collecter des données d’entraînement pour robots. Une annonce qui n’a pas manqué de faire réagir de nombreux utilisateurs quant au respect de la vie privée. Microagi assure de son côté que les données personnelles des clients sont anonymisées et les données visuelles sensibles floutées avant utilisation.

La manœuvre peut paraître osée mais est habile : à la différence des LLM, les modèles d’IA appliqués à la robotique nécessitent d’importantes données de manipulation réelles, pour l’heure présentes en quantité insuffisante. Cette façon de faire évite à la start-up de construire un centre d’entraînement ou a minima de recruter du personnel dédié à l’entraînement de ces robots. Microagi ne compte pas s’arrêter en si bon chemin : le 14 juillet, elle a proposé un second service de collecte de données d’entraînement à San Francisco, avec des chefs privés gratuits cette fois-ci. Reste à savoir si Microagi parviendra à maintenir un tel business model, compte tenu de sa faible maturité et du tarif des prestations dans la ville américaine.

Source : usine-digitale.fr