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Ukraine : manifestations après le départ du ministre de la Défense, Koretsky nommé Premier ministre

Des manifestations ont lieu dans plusieurs grandes villes ukrainiennes, jeudi, pour protester contre la démission du très populaire ministre de la Défense Mykhailo Fedorov dans le cadre d’un remaniement décidé par Volodymyr Zelensky. Le Parlement ukrainien a approuvé la nomination de Sergii Koretsky, PDG du groupe énergétique public Naftogaz, au poste de Premier ministre.

Des manifestants se sont rassemblés dans plusieurs grandes villes d’Ukraine, jeudi 16 juillet, notamment plusieurs centaines de personnes à Kiev, pour protester contre la démission du ministre ukrainien de la Défense, Mykhailo Fedorov, figure populaire dans le pays, dans le cadre d’un remaniement voulu par le président Volodymyr Zelensky.

Vu comme un réformateur de l’armée ukrainienne, tourné vers l’inclusion des nouvelles technologies sur le front pour épargner des vies de soldats, Mykhaïlo Fedorov, nommé à ce poste en janvier dernier, a déclaré mercredi soir qu’il quittait ses fonctions.

Plus tard, le président ukrainien a nommé un responsable ayant fait carrière dans les services de renseignement, Ievgueniï Khmara, en tant que ministre de la Défense par intérim.

« J’ai chargé Ievgueniï Khmara d’assumer les fonctions de ministre par intérim, de poursuivre la réforme du secteur de la défense », a déclaré Volodymyr Zelensky sur X, louant sa « solide expérience » au sein du SBU, les services secrets ukrainiens.

En parallèle, le Parlement ukrainien a approuvé jeudi matin la nomination de Sergii Koretsky, directeur du groupe énergétique public Naftogaz, au poste de Premier ministre. Avec 289 voix pour sur 318, « la Verkhovna Rada d’Ukraine [nom du parlement, NDLR] a voté la nomination de Sergii Koretsky au poste de Premier ministre de l’Ukraine », a annoncé l’institution sur les réseaux sociaux.

Une nomination félicitée par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, qui a dit jeudi s’attendre à une « excellente coopération » avec Serguiï Koretsky.

Le départ de Mykhailo Fedorov, vu comme un limogeage après l’annonce par le président Volodymyr Zelensky d’un remaniement gouvernemental, provoque de vives inquiétudes pour le futur des troupes ukrainiennes, qui ont réussi ces derniers mois à mettre à l’arrêt l’élan russe sur le front et à accroître la pression sur Moscou par des frappes sur des cibles lointaines en Russie.

À Kiev, des journalistes de l’AFP ont observé plusieurs centaines de personnes réunies sur une place du centre-ville, brandissant des drapeaux ukrainiens et européens et scandant « honte » et « rendez[-nous] Fedorov », au lendemain de l’annonce de sa démission dans le cadre d’un vaste remaniement gouvernemental décidé par le président Volodymyr Zelensky.

« L’objectif de Fedorov est que les gens se battent moins et que les drones se battent plus. Et il l’a prouvé, non pas avec des mots, mais avec des actes », a expliqué Margarita Grechko, une manifestante de 27 ans qui travaille dans la technologie militaire, à l’AFP.

La démission, entérinée mardi par le Parlement de la Première ministre Ioulia Svyrydenko, remerciée deux jours plus tôt par Volodymyr Zelensky, entraîne nécessairement le départ des ministres de son gouvernement.

Si le remaniement n’est pas encore définitif, la perspective, ou la probabilité, que Mykhaïlo Fedorov ne soit pas reconduit dans ses fonctions a suscité la colère d’une partie de la population.

Pancartes contre le chef de l’armée ukrainienne

Selon les médias ukrainiens, des manifestations ont également eu lieu à Odessa (sud), Kharkiv (nord-est), Dnipro (centre-est) et Lviv (ouest), où une centaine de personnes se sont rassemblées.

Les manifestants se sont réunis sur la même place que les rassemblements anticorruption qui ont secoué l’Ukraine l’été dernier, après un vaste scandale de corruption touchant l’entourage du président Zelensky.

Mykhaïlo Fedorov « a mis au jour la corruption, les détournements de fonds, et il a commencé à agir ; il ne se cachait pas et il n’était pas commode », estime Margarita Grechko. « Il a tout fait comme il fallait, alors pourquoi l’a-t-on écarté ? »

Le président ukrainien avait confié à ce jeune ministre de 35 ans la tâche d’insuffler une énergie nouvelle dans la machine de guerre de Kiev, qui lutte contre l’invasion russe depuis plus de quatre ans.

Mykhaïlo Fedorov a passé une grande partie de la guerre à promouvoir les technologies de pointe, et notamment les drones, afin de pallier les pénuries de soldats, d’argent et de munitions.

Mykhaïlo Fedorov accuse Oleksandre Syrsky de diviser le pays

Parmi les manifestants, beaucoup brandissaient des pancartes hostiles au commandant en chef de l’armée ukrainienne, Oleksandre Syrsky, dont le conflit qui l’oppose à Mykhaïlo Fedorov est considéré par les médias ukrainiens comme à l’origine de ce limogeage.

« C’est un boucher, les soldats se plaignent de lui ; il mène réellement des assauts de chair à canon dans lesquels nos gens meurent tout simplement », estime Margarita Grechko auprès de l’AFP.

Mykhaïlo Fedorov, a accusé jeudi Oleksandre Syrsky, de chercher à diviser l’Ukraine, revenant sur une querelle entre les deux hommes qui aurait conduit à sa démission dans le cadre d’un remaniement ministériel.

« Au lieu de chercher à comment vaincre la Russie de manière asymétrique – ce qui relève de la mission du commandant en chef – il a trouvé le moyen de diviser le pays dans lequel nous vivons aujourd’hui », a déclaré Fedorov devant des journalistes, dont ceux de l’AFP, lors d’un point de presse à Kiev.

L’Ukraine est fréquemment secouée par des scandales concernant la mobilisation des soldats ainsi que les méthodes de conduite de la guerre depuis le déclenchement de l’invasion à pleine échelle du pays par la Russie en février 2022.

Vague de démissions au ministère de la Défense

Pour beaucoup, Mykhaïlo Fedorov incarne le renouveau d’une armée que beaucoup accusent d’être ankylosée par la corruption et une bureaucratie héritée de l’Union soviétique.

Dans le sillage du ministre de la Défense, le commandant en second de l’Armée de l’air ukrainienne, Pavlo Yelizarov, a lui aussi annoncé sa démission sur les réseaux sociaux, affirmant avoir rejoint les forces de défense en 2022 pour « gagner, plutôt que de se livrer à des gestes symboliques ».

La veille, c’était Serguiï Sternenko, conseiller auprès du ministère, qui avait annoncé qu’il quittait également ses fonctions dans un message sur Telegram.

Roman Vlada, un entrepreneur de 30 ans, à l’AFP, a déclaré à l’AFP : « Je pense que Zelensky a peur. Zelensky a peur des personnes efficaces. »

Source : france24.com