Maroc

Élections 2026 au Maroc : une refonte électorale sous le signe du numérique

Les prochaines élections législatives au Maroc, prévues pour 2026, s’annoncent comme un tournant majeur, non seulement dans les méthodes de campagne et de gestion de l’information, mais aussi dans le processus électoral lui-même. Une étude récente du Centre marocain de recherche et d’analyse des politiques, publiée le 11 mai 2026 et intitulée « Cadre législatif des élections de 2026 : nouveautés et observations », met en lumière une transformation profonde du paysage électoral, marquée par l’omniprésence des outils numériques, des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle.

Selon le rapport, le véritable changement réside dans l’émergence d’une « élection numérique », où l’influence politique se déplace vers les plateformes digitales et les contenus en ligne. Pour la première fois, le législateur marocain a explicitement intégré les outils numériques dans les lois électorales, ciblant directement les réseaux sociaux, les plateformes électroniques et les technologies d’intelligence artificielle. Cette évolution s’accompagne d’un renforcement significatif des mécanismes de contrôle et de sanction. Les nouvelles dispositions criminalisent la diffusion de contenus jugés trompeurs, de fausses informations ou de publications susceptibles d’influencer le vote ou de nuire à la crédibilité du scrutin. Cela inclut également les contenus générés ou manipulés par l’intelligence artificielle, tels que les enregistrements falsifiés ou les montages numériques.

L’article 51 bis, introduit dans les nouvelles dispositions, prévoit des sanctions contre la diffusion de contenus faux ou manipulés visant à discréditer le processus électoral ou à nuire aux candidats. Bien que cette disposition ait suscité des débats houleux au Parlement concernant la liberté d’expression, une reformulation a été adoptée pour apaiser les craintes. L’étude note que l’ampleur de ces réformes n’a pas été pleinement débattue publiquement, en partie à cause de la technicité des amendements et de la focalisation de l’opinion publique sur d’autres sujets nationaux, comme la Coupe d’Afrique des Nations 2025.

La numérisation impacte également l’organisation matérielle des élections. Les candidats pourront désormais déposer leurs dossiers via une plateforme électronique, et le vote des Marocains résidant à l’étranger bénéficiera de procédures numérisées pour la vérification et l’identification. Parallèlement, un durcissement du contrôle des opérations de vote et de dépouillement est prévu, avec des modifications concernant les bureaux de vote et les procès-verbaux. La nouvelle configuration de l’isoloir, qui devra rester visible, soulève des questions quant au respect du secret du vote. Les représentants des candidats pourront contester directement la validité des bulletins, un droit auparavant plus restreint.

Enfin, le financement politique prend une dimension numérique, permettant aux partis d’investir dans la communication en ligne et les médias électroniques. Les plafonds des dons financiers ont été relevés pour s’adapter aux coûts croissants des campagnes à l’ère 2.0. Ces réformes dessinent un paysage électoral marocain en pleine mutation, où les outils digitaux sont à la fois des instruments de campagne et des objets de régulation stricte.

Source : maroc-diplomatique.net