Donald Trump annonce un cessez-le-feu de deux semaines avec l’Iran : récit d’une folle journée
Le président américain, qui avait menacé d’anéantir « une civilisation entière », a accepté juste avant l’expiration de son ultimatum de donner sa chance à la diplomatie. Téhéran va rouvrir le détroit d’Ormuz pour 15 jours.
Une demi-journée après avoir menacé l’Iran d’un effacement civilisationnel, Donald Trump a annoncé mardi soir un cessez-le-feu de deux semaines. Dans la foulée, Téhéran a confirmé la réouverture du détroit d’Ormuz et une pause de ses « opérations défensives » pendant une trêve également acceptée par Israël, même si ce cessez-le-feu « n’inclut pas le Liban », a assuré le bureau de Benyamin Netanyahou dans un communiqué de presse.
Après plus de 5 semaines d’une guerre qui a étranglé le marché de l’énergie, la planète pousse un ouf de soulagement : le baril de WTI perdait près de 20 % dans la nuit, repassant sous la barre des 100 dollars. Emmanuel Macron, lui, a convoqué un conseil de défense qui se tiendra à partir de 8 h 30 ce mercredi.
« J’ai accepté de suspendre les bombardements »
Il restait moins de 90 minutes avant que l’ultimatum de Donald Trump – qu’il avait déjà repoussé à trois reprises depuis le 21 mars – n’expire. L’annonce, comme les menaces le matin, tombe sur Truth Social à 18 h 32 : « J’ai accepté de suspendre les bombardements et les attaques contre l’Iran pour une période de deux semaines […] sous réserve que la République islamique d’Iran accepte l’ouverture complète, immédiate et sûre du détroit d’Ormuz. Il s’agira d’un cessez-le-feu bilatéral ! » écrit le président américain.
Une décision qu’il dit avoir prise après « des conversations » avec le Premier ministre du Pakistan Shehbaz Sharif et le chef de l’armée, le maréchal Asim Munir, qui semblent pour beaucoup dans cette percée diplomatique.
Donald Trump évoque également des « discussions très avancées » en vue d’un accord de « paix à long terme » avec l’Iran et dit avoir reçu une proposition en 10 points de Téhéran qui constitue « une base viable pour négocier ». « Il a été décidé au plus haut niveau que l’Iran engagera, pendant une période de deux semaines […], des négociations avec la partie américaine », affirme le Conseil suprême de la sécurité nationale dans un communiqué.
Il pourrait s’agir de pourparlers en personne : Shehbaz Sharif a invité les délégations américaines et iraniennes à Islamabad ce vendredi 10 avril « afin de poursuivre les négociations en vue d’un accord définitif pour régler l’ensemble des différends ».
« Crimes de guerre »
Il est 8 h 06 à Washington, mardi matin, quand Donald Trump, qui avait déjà menacé « d’anéantir » l’Iran et de le renvoyer à « l’âge de pierre », franchit un nouveau palier rhétorique : « Une civilisation entière va mourir ce soir pour ne jamais renaître », écrit-il sur Truth Social. Même pour un président coutumier de l’hyperbole, la formule, en plein milieu d’un conflit qui a fait plusieurs milliers de morts depuis le 28 février, choque.
Devant le conseil de sécurité de l’ONU, l’ambassadeur iranien dénonce des propos « profondément irresponsables » et accuse le président américain de se préparer à commettre « des crimes de guerre ».
Une menace « inacceptable », abonde le pape, qui soulève devant des journalistes « des questions de droit international, mais bien plus que cela, une question morale ». « Aucun objectif militaire ne justifie la destruction massive des infrastructures d’une société ni d’infliger de manière délibérée de telles souffrances aux populations civiles », déclare le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres.
Sur le terrain, les frappes américaines s’intensifient, notamment contre l’île de Kharg ou contre un pont détruit près de la ville sainte de Qom, à 150 kilomètres au sud de Téhéran. L’Iran met en scène des chaînes humaines organisées via une campagne par SMS pour protéger plusieurs centrales électriques.
Appels à démettre Trump de ses fonctions
La tension monte d’autant plus que J.D. Vance, en déplacement à Budapest pour soutenir Viktor Orban, évoque « des outils dans notre arsenal que, jusqu’ici, nous n’avons pas décidé d’utiliser. » Des anciens de la campagne de Kamala Harris y voient – comme beaucoup – une allusion à un possible recours à une arme nucléaire « tactique ». Si la Maison-Blanche semble rejeter sur X cette interprétation, la pote-parole Karoline Leavitt botte en touche devant les journalistes : « Le président seul sait où nous en sommes et ce qu’il va faire. »
À Washington, les démocrates montent au créneau. « Menacer d’éliminer une civilisation est comparable à un génocide […] Donald Trump est devenu aussi fanatique que les leaders du régime à Téhéran », lance Jack Reed, sénateur du Rhode Island et démocrate le plus haut placé de la Commission des forces armées du Sénat. « Les facultés mentales du président sont en train de s’effondrer », embraie l’élue progressiste Alexandria Ocasio-Cortez.
Plus de 50 élus démocrates du Congrès réclament un impeachment ou un recours au 25e amendement pour le démettre de ses fonctions, estimant qu’il n’est « pas apte » à diriger le pays. Il faudrait pour cela le soutien du vice-président et d’une majorité du cabinet, un scénario qui n’a aucune chance d’aboutir à l’heure actuelle.
Pour Marjorie Taylor Greene, Donald Trump est devenu « fou »
Ce refrain est repris par l’ancienne élue républicaine Marjorie Taylor Greene, selon qui Donald Trump est devenu « fou », mais également par l’influenceuse Candace Owens et par l’ex-présentateur de Fox News, Tucker Carlson. Plusieurs républicains fidèles de Donald Trump ont également donné de la voix, notamment le sénateur du Wisconsin Ron Johnson, qui a déclaré au Wall Street Journal que le président américain perdrait son soutien s’il renvoyait l’Iran « à l’âge de pierre ».
Donald Trump a-t-il poussé la théorie du fou de Richard Nixon à son paroxysme pour trouver une rampe de sortie ? Réponse au cours des deux prochaines semaines.
Source : lepoint.fr
