Maroc

Akhannouch défend son bilan social à coups de milliards

Onze millions de bénéficiaires de l’AMO Tadamon, 12,5 millions de personnes couvertes par le soutien social direct, 53 milliards de dirhams mobilisés, des milliers de lits hospitaliers supplémentaires… Devant le Forum parlementaire international sur la justice sociale, le Chef du gouvernement a déroulé un bilan transformant la justice sociale en terrain de démonstration chiffrée de l’action publique.

La justice sociale n’a pas été abordée sous l’angle des intentions mais sous celui des réalisations. Dans un discours lu par le ministre chargé des relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement, Mustapha Baitas, Aziz Akhannouch a structuré son intervention autour d’un fil conducteur : installer la protection sociale comme socle durable de l’État social.

Organisée par la Chambre des conseillers en partenariat avec le Conseil économique, social et environnemental (CESE), la 10e édition du  international s’est ainsi ouverte sur une lecture résolument opérationnelle des politiques sociales, présentées comme un rempart face aux crises et un levier de résilience collective.

Au centre de cette architecture figure le chantier royal de généralisation de la protection sociale, qualifié de « pierre angulaire » d’un modèle appelé à renforcer l’équité, l’inclusion et la capacité d’adaptation du pays dans un environnement marqué par des mutations rapides.

La couverture médicale change d’échelle

Le gouvernement revendique une rupture avec une période où la couverture sanitaire restait limitée à certaines catégories. Désormais, l’objectif affiché est celui d’un accès universel aux soins, indépendamment de la situation professionnelle ou sociale.

Le dispositif AMO Tadamon en constitue la traduction la plus spectaculaire : plus de 11 millions de personnes incapables de payer leurs cotisations bénéficient aujourd’hui d’une assurance maladie financée par l’État, pour un coût annuel avoisinant 9,5 milliards de dirhams.

L’intégration à ce régime ouvre l’accès au même panier de soins que celui garanti dans les secteurs public et privé, avec gratuité des traitements dans les établissements publics. Jusqu’à janvier dernier, ces structures ont traité près de 16 millions de dossiers de remboursement, un volume interprété comme l’indice d’un taux de fréquentation de plus en plus élevé des services de santé.

Travailleurs non salariés : l’élargissement silencieux

La réforme s’est également attaquée à l’un des angles morts historiques de la protection sociale : les travailleurs non salariés. L’annulation des dettes liées à l’assurance maladie obligatoire et l’exonération des pénalités ont accéléré leur intégration.

Résultat : plus de 1,7 million d’inscrits à fin 2025, pour un total de 3,9 millions de bénéficiaires en comptant les ayants droit. La Caisse nationale de sécurité sociale a, de son côté, traité 4,4 millions de dossiers, soit environ 6.000 par jour, illustrant la montée en charge du dispositif.

À cette extension s’ajoute « AMO Achamil », régime optionnel destiné aux personnes disposant de revenus sans exercer d’activité formelle. Depuis son lancement, 418.000 assurés et ayants droit y ont adhéré.

Pour absorber cette dynamique, la CNSS a été restructurée : création d’une direction dédiée aux affaires sanitaires, recrutement de plus de 1.500 agents, ouverture de 47 agences, déploiement de 45 unités mobiles, mise en place de 8.000 centres de contact pour l’inscription des non-salariés et de 4.000 points de proximité pour le paiement des cotisations.

Sans hôpital, pas d’État social

Le discours du Chef du gouvernement établit également un lien direct entre protection sociale et capacité hospitalière. L’exécutif reconnaît qu’un élargissement des droits reste théorique sans une offre de soins capable d’absorber la demande.

Quatre priorités structurent la réforme : gouvernance du secteur, valorisation des ressources humaines, modernisation des infrastructures et digitalisation.

Entre 2022 et 2025, 29 projets hospitaliers ont été livrés, renforçant la capacité nationale de 3.168 lits. Vingt établissements supplémentaires sont en chantier et devraient ajouter 3.067 lits en 2026. Parallèlement, le cadre légal du système de santé a été complété afin d’installer une gouvernance intégrée et d’améliorer la performance globale.

Le soutien direct devient une matrice sociale

Après plus de deux ans de déploiement, le programme de soutien social direct est présenté comme un pivot du nouveau modèle redistributif.

Les aides mensuelles oscillent entre 500 et 1.200 dirhams, selon la composition des ménages. Un appui exceptionnel pour la rentrée — de 200 à 300 dirhams par enfant, dans la limite de six — cible plus de 3 millions d’élèves.

Le soutien destiné aux enfants en situation de handicap atteint désormais 400 dirhams mensuels. Les veuves bénéficient d’un appui spécifique, tandis qu’une allocation forfaitaire de 500 dirhams est prévue pour les ménages sans enfants et ceux comprenant des personnes âgées.

Depuis le lancement de la plateforme dédiée en décembre 2023, près de 3,9 millions de familles ( soit environ 12,5 millions de personnes ) perçoivent ces aides, dont 5,5 millions d’enfants et plus de 1,7 million de seniors. L’enveloppe cumulée mobilisée s’élève à près de 53 milliards de dirhams.

La création de l’Agence nationale du soutien social vise à encadrer ce programme à travers des mécanismes de gouvernance censés garantir transparence, précision du ciblage et efficacité du pilotage.

Le logement entre dans l’équation sociale

Le programme d’aide directe au logement est présenté comme un prolongement naturel de cette stratégie, en agissant simultanément sur le pouvoir d’achat et l’accès à un habitat décent.

Au 30 octobre 2025, plus de 72.185 bénéficiaires avaient été recensés, à un rythme mensuel avoisinant 3.280 personnes. Les biens acquis totalisent 29,8 milliards de dirhams, dont 5,9 milliards pris en charge par l’État.

La sociologie des bénéficiaires révèle une diffusion relativement large : 46% de femmes, 24% de Marocains résidant à l’étranger et une majorité de 54% de moins de 40 ans.

À travers cette accumulation de programmes et d’indicateurs, l’exécutif dessine les contours d’un modèle social en expansion, fondé sur la généralisation des droits et l’élargissement de l’accès aux  services essentiels avec, en toile de fond, l’ambition d’ancrer durablement la protection sociale dans la matrice de l’action publique.

Source : fr.hespress.com