Culture

Décès du maâlem Mustapha Baqbou: une légende de la musique gnaoua s’éteint

Le maître gnaoui Mustapha Baqbou, figure emblématique du gnaoua et ancien membre de Jil Jilala, s’est éteint à 72 ans. Une page de la musique marocaine se tourne.

Le monde de la musique marocaine est en deuil. Maâlem Mustapha Baqbou, figure emblématique du gnaoua et pilier de la scène artistique marocaine, s’est éteint à l’âge de 72 ans, laissant derrière lui un héritage musical d’une richesse inestimable.

Né à Marrakech dans une famille profondément attachée à la tradition gnaoua, Mustapha Baqbou grandit dans une atmosphère rythmée par les sonorités du guembri, dit aussi hajhouj ou sintir (instrument à cordes d’Afrique utilisé dans le gnaoua) et les chants spirituels. Son père, Maâlem El Ayachi Baqbou, fut son premier maître et lui transmit les secrets de cet art mystique, héritage des confréries soufies d’Afrique subsaharienne.

L’aventure Jil Jilala

Très jeune, Mustapha s’impose par son talent exceptionnel. Sa voix grave et envoûtante, sa virtuosité au guembri et sa capacité à diriger les lila (nuits rituelles gnaouies) le propulsent au rang des grands maîtres.

Dans les années 1970, Mustapha Baqbou franchit une étape majeure en rejoignant la formation Jil Jilala, pionnière du renouveau musical marocain. Ce groupe emblématique, porteur d’un souffle novateur, marie les rythmes traditionnels avec des sonorités modernes. Baqbou y apporte sa touche unique : une fusion subtile entre l’esprit gnaoua et d’autres genres musicaux populaires marocains.

Cette expérience marque un tournant, car elle propulse le gnaoua au-delà des cercles traditionnels. Mustapha contribue à faire connaître ce genre musical auprès d’un public plus large, posant ainsi les bases de ce qui deviendra, quelques décennies plus tard, un mouvement mondial.

Ambassadeur du gnaoua sur la scène internationale

L’une des forces douces de Mustapha Baqbou réside dans sa capacité à dialoguer avec d’autres styles musicaux sans trahir l’essence du gnaoua. Son parcours est jalonné de collaborations prestigieuses avec des artistes venus d’horizons divers : jazzmen, bluesmen, musiciens africains et occidentaux.

Grâce à cette ouverture, il devient un ambassadeur incontesté de la culture gnaoua. Ses participations à de grands festivals internationaux – notamment le Festival Gnaoua et Musiques du Monde d’Essaouira, dont il est l’un des piliers – contribuent à inscrire ce patrimoine immatériel de l’humanité (classé par l’UNESCO en 2019) dans le paysage musical mondial.

Un héritage culturel inestimable

Mustapha Baqbou ne fut pas seulement un musicien ; il était un passeur de mémoire, un gardien d’un art ancestral qu’il s’efforçait de transmettre aux nouvelles générations. À travers ses enseignements, il a formé de nombreux maâlems et inspiré des jeunes musiciens désireux de perpétuer la tradition tout en explorant de nouvelles voies artistiques.

Au-delà de la musique, son œuvre incarne un message de tolérance, de spiritualité et de dialogue interculturel. Le gnaoua, art de la transe et de la guérison, puise ses racines dans la souffrance et l’esclavage, mais il s’élève aujourd’hui comme un symbole d’universalité et de paix. Mustapha Bakbou en fut l’un des plus fervents défenseurs.

Les funérailles et l’émotion d’une nation

L’annonce de son décès a suscité une vive émotion au Maroc et parmi les amateurs de gnaoua à travers le monde. De nombreux artistes, chercheurs et passionnés lui rendent hommage sur les réseaux sociaux, saluant son immense contribution à la musique et à la culture marocaines.

Son corps sera inhumé ce lundi au cimetière Bab Aghmat à Marrakech, après la prière d’Al-Asr. Un dernier adieu à celui qui a marqué des générations et ouvert la voie à la reconnaissance internationale du gnaoua.

Un nom gravé dans l’histoire

Avec la disparition de Mustapha Baqbou, c’est une page importante de l’histoire du gnaoua qui se tourne. Mais son œuvre demeure, portée par les enregistrements, les festivals, les disciples et les innombrables moments de transe qu’il a offerts.

Le Maroc perd une légende, mais le monde garde son héritage. Mustapha Baqbou restera à jamais dans la mémoire collective comme l’un des plus grands maâlems de « tagnaouit ».

Source : h24info.ma