App Store : Apple condamné à une amende d’un million d’euros pour pratiques commerciales abusives
La justice française a condamné la firme à la pomme à une amende d’un million d’euros pour le « déséquilibre significatif » dont elle bénéficiait face aux développeurs de l’App Store. La décision vient clôturer une procédure de plusieurs années engagée par Bercy, et qui a également mené à la condamnation de Google en mars dernier.
Nouvelle amende pour Apple. Le tribunal de commerce de Paris a condamné lundi 19 décembre l’entreprise américaine à une amende d’un million d’euros pour avoir imposé des conditions déséquilibrées aux développeurs d’applications mobiles, créant ainsi un “déséquilibre significatif” et une “insécurité juridique et économique importante”, à en croire la décision consultée par l’AFP.
Le jugement de lundi vient clôturer une procédure engagée en 2017 par le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, par le biais de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). Google et Apple avaient alors été assignés devant le tribunal de commerce de Paris pour “pratiques commerciales abusives”, en raison des clauses contractuelles imposées par les deux entreprises américaines aux développeurs de leur boutique d’applications respective.
La DGCCRF reprochait notamment plusieurs pratiques, comme la fixation arbitraire d’une fourchette de prix au sein de laquelle les développeurs pouvaient fixer le tarif de leurs applications, la possibilité pour Google et Apple de modifier ou de suspendre unilatéralement le contrat ou leur libre utilisation des informations communiquées par les développeurs, sans réciprocité.
Le gouvernement appelait alors la justice à se prononcer sur ce “déséquilibre significatif”, à exhorter les deux géants de la tech à cesser ces pratiques et à les condamner à une amende de deux millions d’euros.
France Digitale écartée
En juin 2021, l’association France Digitale avait décidé de se joindre à l’action, aux côtés du gouvernement, afin de rétablir “l’équilibre économique légitime entre les parties” — avant que la firme à la pomme ne s’oppose fermement à cette participation, que le tribunal a fini par juger irrecevable.
“Nous voulions démontrer que la firme condamnait les startups, PME et développeurs d’application à la loi du silence, et c’est chose faite. Nous regrettons de ne pas pouvoir continuer à porter la voix de nos membres sur le fond de l’affaire car les startups n’osent pas prendre la parole individuellement et craignent des représailles”, déplorait alors son co-président, Benoist Grossmann.
La justice renvoie à l’arrivée imminente du DMA
Avec cette nouvelle décision, le tribunal de commerce de Paris se range ainsi du côté de Bercy près de cinq ans après avoir été saisi. Il n’a néanmoins retenu que cinq des onze griefs épinglés par le gouvernement, jugeant par exemple que l’exclusivité du système de paiement ou le taux de commission sur les transactions au sein de l’App Store de 30% n’étaient ni “manifestement excessif[s]” ni le propre d’Apple.
La justice a par ailleurs estimé que l’arrivée prochaine du Digital Markets Act (DMA), les nouvelles règles européennes en matière de concurrence, allait pousser de facto le fabricant d’iPhone à revoir certaines de ces clauses litigieuses.
“Apple croit aux marchés dynamiques et compétitifs où l’innovation peut s’épanouir”, a déclaré Apple auprès de l’AFP. Et d’ajouter : “Nous allons examiner cette décision avec attention et poursuivre nos efforts pour soutenir les développeurs et offrir une expérience sûre aux utilisateurs”.
Apple a lâché du lest
C’est un nouveau camouflet pour Apple, dont l’App Store est dans le viseur de nombreux régulateurs dans le monde entier. Cette pression avait déjà conduit la firme à la pomme à abaisser la commission prélevée sur les transactions à 15% pour les développeurs générant un chiffre d’affaires de moins d’un million de dollars par an. Son système de paiement “in-app” est, lui aussi, attaqué de toute part.
L’entreprise se tiendrait même prête, bien malgré elle, à ouvrir son système d’exploitation aux boutiques alternatives — exigence du DMA — avec un nouvel iOS spécialement conçu pour les Européens.