Scènes de dévastation et de douleur au Pakistan

Scènes de dévastation et de douleur au Pakistan

"Il y a des membres mutilés, des gens brûlés, des cadavres, des blessés...", les mots finissent par manquer au docteur Muslim Khan, empressé auprès des victimes du nouvel attentat qui a frappé mercredi un marché bondé de Peshawar, faisant au moins 92 morts

L'explosion a creusé un énorme cratère, faisant s'effondrer des immeubles et de nombreuses échoppes du bazar bondé de Meena, le plus fréquenté de la grande ville du nord-ouest du Pakistan.
"Nous avons reçu les corps de 92 personnes tuées dans l'explosion, qui a aussi fait 217 blessés", a déclaré le docteur Zafar Iqbal, du principal hôpital de Peshawar, Lady Reading. "Dix-neuf femmes et onze enfants figurent parmi les tués. Tous les morts sont des civils".
"Nous sommes confrontés à une pénurie de sang. Je lance un appel à tous les volontaires pour qu'ils viennent donner leur sang", a précisé un de ses collègues, le docteur Sahib Gul.
Le bilan risquait de s'aggraver, de nombreuses victimes étant encore prisonnières des décombres fumants.
"L'explosion était gigantesque. Il y avait de la fumée et de la poussière partout. J'ai vu des gens mourir et d'autres hurler de douleur", témoigne Mohammad Siddique, réfugié dans une ruelle étroite bordant le marché. Aussitôt après l'explosion, la panique s'est emparée des survivants, qui ont fui aussi vite que possible, craignant d'être victimes d'un second engin. Mais c'est l'effondrement des bâtiments autour du marché qui les a alors fauchés.
Cinq heures plus tard, les pompiers interviennent toujours pour éteindre les incendies naissants, tandis que les secouristes utilisaient des grues pour soulever d'immenses plaques de béton et de briques, cherchant des victimes et provoquant un nuage permanent de poussière.
Une mosquée et trois bâtiments adjacents au marché ont été complètement détruits. Une maison s'est effondrée alors que les habitants tentaient d'en fuir les flammes, selon des témoins.
"C'était une voiture piégée. Plus de 150 kilos d'explosifs particulièrement puissants ont été utilisés", explique aux journalistes Shafqat Malik, membre d'une équipe de démineurs.
Dans la foule, un homme répète à tue-tête le nom d'un membre de sa famille, un autre se mord les doigts pour ne pas pleurer à la vue de son magasin en flammes.
"C'était comme un formidable tremblement de terre. Tout le contenu de ma boutique m'est tombé dessus et je me suis évanoui", se souvient seulement sur son lit d'hôpital, Ali Akhbar, propriétaire d'un magasin de vêtements.
Cette attaque meurtrière souligne l'ampleur de la menace que les talibans font peser sur le pays, quelques heures après l'arrivée de la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton, venue rencontrer responsables politiques et militaires pakistanais.
Elle n'a pas été revendiquée mais s'inscrit dans une série d'attaques qui a fait plus de 240 morts en octobre. "Il s'agit d'une réponse des terroristes à l'opération menée dans le Waziristan du Sud. Nous les tuons là-bas, ils ripostent dans nos villes. Mais nous ne plierons pas devant les terroristes", a assuré un ministre provincial, Mian Iftikhar Hussain, aux journalistes présents sur les lieux.
L'armée pakistanaise est engagée depuis le 17 octobre dans une offensive terrestre visant à déloger les talibans de leur bastion du Waziristan du Sud, dans les zones tribales frontalières de l'Afghanistan.
Peshawar se situe en bordure de ces zones où talibans pakistanais et combattants liés à al-Qaïda sont fortement implantés. La ville a été frappée par sept attaques au cours des quatre derniers mois.
Le Pakistan est le théâtre, depuis un peu plus de deux ans, d'une vague d'attentats qui a tué plus de 2.330 personnes, perpétrés pour l'essentiel par des kamikazes du Mouvement des Talibans du Pakistan (TTP), qui a prêté allégeance à Al-Qaïda.