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Maroc Hebdo, il y a 18 jours

Bilal Hassani. L’icône du troisième type.
Bilal Hassani, un franco-marocain représente la France à l’Eurovision

Bilal Hassani, jeune français d’origine marocaine de 19 ans, défendra les couleurs de la France lors du 64e Concours Eurovision de la chanson qui se déroulera le 18 mai prochain à Tel Aviv.

Samedi 27 janvier sur France 2, Bilal Hassani décroche son ticket pour le Concours Eurovision de la chanson qui se déroulera le 18 mai prochain à Tel Aviv. Il représentera donc la France grâce aux votes des téléspectateurs français et cela malgré la présence de chanteurs confirmés comme Chimène Badi ou Emmanuel Moire. D’origine marocaine par ses parents, il est né en France, commence le chant à cinq ans, le solfège, le ballet et plus tard, la guitare au collège. C’est à ce moment-là que pleuvent les premières insultes. «On me harcelait, on m’insultait, on me disait t’es gay !, a-t-il confié sur Europe 1. Toutes les années du collège, on voulait absolument me coller une étiquette…» Il refuse de rentrer dans les cases, soutenu par une mère qui croit en lui et l’accompagne dans ses rêves.

800.000 abonnés sur Youtube
En 2016, Bilal Hassani participe aux auditions à l’aveugle de The Voice Kids sur TF1. Alors âgé de 16 ans, il choisit d’interpréter Rise Like a Phoenix, du chanteur et drag queen autrichien Conchita Wurst. Un choix audacieux: trois membres du jury appuieront sur le bouton. Le jeune homme n’a pas encore adopté son apparence androgyne. Il se présente sur scène portant une chemise à carreaux, les cheveux courts. Dans les coulisses, son frère aîné Taha, sa mère et ses proches le regardent attentivement. L’aventure se terminera lors des battles. Si l’aventure est terminée sur TF1, Bilal ne se laissera pas abattre et se lancera pleinement dans la publication de vidéos sur sa chaîne Youtube, ouverte en 2010. Il y soigne son style, fait de sa différence une force et revendique son ambiguïté sexuelle. Il y publie des reprises de ses chansons préférées, de «Shape of You» de Ed Sheeran à «Djadja» de Aya Nakamura mais aussi des vidéos où il adresse des sujets plus personnels «J’ai juste envie de porter des perruques parce que c’est joli et que mes cheveux sont trop moches. Et oui, je suis un garçon!» explique-t-il à ses 800.000 abonnés qui suivent son parcours.

Coming out à 18 ans
Le phénomène prend une dimension nouvelle le 23 juin 2018 lorsqu’il révèle son homosexualité, à la veille de la Gay Pride de Paris. Un coming-out dans la continuité du clip du titre Shadows dans lequel il portait une longue chevelure blonde. Le chanteur s’assume. Et ça dérange certains. En novembre 2018, la multiplication des insultes homophobes et des menaces de mort à son encontre pousse des députés à écrire à la direction de Twitter pour l’inciter à faire le ménage sur le réseau. Visiblement sans résultat… Le chanteur lui-même prend la parole dans une mise au point postée sur Youtube, le 13 novembre. «Des gens sont tellement énervés contre moi, juste à cause de mon existence», raconte-il, dénonçant «les trolls qui attisent la haine juste pour le plaisir sur Twitter», avant de lire une série de messages d’une violence invraisemblable sans se démonter.

Dans la chanson Roi, le chanteur d’origine marocaine raconte son histoire personnelle. Celle d’un garçon qui danse et subit les regards moqueurs de ses camarades de classe. Une homophobie qui ne l’empêche pas d’avancer. «Moi je suis le même depuis tout petit/Et malgré les regards, les avis/Je pleure, je sors et je ris.» Pour les besoins du clip, mis en ligne le 4 janvier, Bilal a compilé de nombreuses images de son enfance, en famille, la chanteuse Aya Nakamura lui témoignant son soutien dans un court extrait d’interview. Mais ce sont bien évidemment les paroles qui interpellent, un véritable appel à la tolérance, en français et en anglais, qui n’est pas sans rappeler celui de Conchita Wurst, son modèle. Sa féminité assumée et son envie de casser les codes déclenchent un torrent de réactions haineuses. Il reçoit dix messages homophobes ou racistes par minute. «Je mentirais si je disais que ça ne m’atteint pas», a-t-il admis au micro de France Inter. Avant d’ajouter: «J’essaie de ne pas me concentrer dessus sinon je vivrais un enfer.» Pour tenter d’échapper à cette violence, il utilise une application qui modère les commentaires sur YouTube.

Face à ce torrent de haine qui s’abat sur lui, Bilal Hassani a décidé de porter plainte contre X pour «injures, provocations à la haine et à la violence et menaces homophobes ». Adepte de perruques et de maquillage, il soigne un look particulier qui fait son style mais provoque chez certains des réactions inacceptables. Cible des réseaux sociaux, on lui reproche pêle-mêle son homosexualité, ses tenues, ses propos, sa victoire, avec des menaces de mort à la clé. De plus, ses origines maghrébines attisent encore plus les réactions… Les critiques pleuvaient déjà lorsqu’il s’est présenté pour les éliminatoires de l’Eurovision, mais depuis sa victoire pour représenter la France, le week-end dernier, il aurait reçu des milliers de tweets haineux.

Harcèlement sur les réseaux sociaux
Le cyber-harcèlement à caractère homophobe dont est victime depuis plusieurs mois le youtubeur Bilal Hassani a pris de telles proportions que deux associations, Stop Homophobie et Urgence Homophobie, soutiennent sa démarche et ont également décidé de frapper un grand coup pour faire cesser la campagne contre le jeune homme. Son avocat a d’ailleurs rappelé à l’AFP que les auteurs «encourent jusqu’à 6 ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende». Il a également précisé que son client gardait le moral et restait fort, galvanisé par sa récente victoire devant les autres concurrents.

Hassani estimait que sa victoire était en quelque sorte sa revanche: «C’est la meilleure réponse aux haters, à toutes les personnes qui m’ont dit que je n’avais pas une place dans l’industrie musicale française, qui m’ont dit t’es un mec, t’as une perruque, ça va pas marcher ou tu ne sais pas chanter… » Une autre polémique s’est enclenchée à l’issue de sa victoire au concours Destination Eurovision. Cette fois, elle concerne ses origines.

Le site d’extrême droite La Gauche M’A Tuer affirme que Bilal Hassani a déclaré: «Je suis pas français je suis marocain !», citant une vidéo intitulée «Je suis marocain». Le titre de cette vidéo est ironique et traduit l’agacement du chanteur de 19 ans vis-à-vis d’une question qu’on lui pose «très très très très très très très très très souvent», à savoir «T’es de quelle origine?» «Il s’avère que je suis né en France, je suis français, mais je suis d’origine marocaine de père et de mère. J’adore le Maroc, c’est un très beau pays, mais j’adore tout le Maghreb», explique-til dans cette vidéo publiée le 5 septembre 2018 sur YouTube. Bilal Hassani n’a jamais, comme le prétend La Gauche m’a tuer, revendiqué la nationalité marocaine.

«Je suis extrêmement fier de représenter mon pays, je suis fier d’être français. C’est assez symbolique, le fait de représenter mon pays, c’est quelque chose que je pourrai raconter à mes enfants, mes petits-enfants, qui peut arriver qu’une fois», confiait le chanteur dans nos colonnes après sa victoire à Destination Eurovision. Remarqué par Janet Jackson, gratifié d’une interview dans la revue spécialisée Billboard, Bilal Hassani doit sortir son premier album au printemps chez le label Low Wood. Il n’a pas encore 20 ans.

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